La veuve Choufleuri : un irrésistible vaudeville lyrique et décalé

L’œuvre comique d’Offenbach, Monsieur Choufleuri restera chez lui le… , devient La Veuve Choufleuri, un spectacle créé en juin 2013 au Cours Florent, dans une adaptation décalée qui garde la trame de l’œuvre d’origine tout en y apportant la fraîcheur de la jeune et dynamique troupe « Les chasseurs s’entêtent ». 

Rien que le nom du théâtre, le Passage vers les étoiles, bien à l’abri au fond d’une impasse du XIème arrondissement de Paris, nous invite à l’évasion. Et c’est avec un style quelque peu désuet, l’opérette, que la troupe « Les chasseurs s’entêtent » remet formidablement au goût du jour, que nous allons suivre les mésaventures de la Veuve Choufleuri. Elle veut épater le Tout-Paris en donnant chez elle une soirée mondaine afin de promouvoir l’art musical avec trois grandes stars italiennes mais sans la présence de ces illustres invités (dont l’une morte depuis longtemps), la fête est menacée. C’est ainsi que sa fille Ernestine, fraîchement sortie de sa pension, va imposer à sa mère la présence de son amant Babylas dans une savoureuse imposture. Le trio va alors se glisser dans la peau de chanteurs italiens et ainsi donner l’illusion le temps d’un récital afin de sauver l’honneur des Choufleuri

Nous pénétrons dans le manoir de la Veuve directement par le plateau, dont la décoration a été quelque peu arrangée en ce jour d’Halloween. Nos charmants guides nous souhaitent un « happy choufleuri ». Le ton est donné et c’est dans une mise en scène déjantée et irrésistiblement modernisée d’Alexandre Busserau et Romane Coumes que nous faisons la connaissance de tous ces personnages décalés mais divins. La narrateur, une tête de caribou empaillé accroché au mur côté jardin, entame son prologue tout en rime, en parfaite interaction avec le public et nous présente les habitants de la maison, en commençant par Feu Monsieur Choufleuri, un éminent chasseur dont le portrait trône fièrement près du lit de sa veuve, une savoureuse boulimique qui passe ses journées à dormir ou à s’empiffrer de chamallows. Elle est entourée par sa fille dont l’amant Babylas est un compositeur d’opéras, par Peterman, un maître d’hôtel belge qui ne comprend pas toujours ce que l’on attend de lui alors il choisit de ne rien faire et par un pianiste (le discret Gaël Rouxel, épatant) qui s’occupe de l’éducation musicale de la jeune Ernestine. L’ensemble de la troupe est formidable dans cette œuvre proche d’un vaudeville où l’on rit beaucoup et de bon cœur. Le narrateur (excellent Quentin Wasteels) ponctue la pièce par de petites interventions discrètes mais toujours bien placées. Ornella Petit campe une veuve irrésistible dont les mimiques très expressives nous ravissent. Elle est superbe dans la peau de la Callas, rajoutant des –ra et des –ri en fin de mots. Romane Coumes nous enchante dans le rôle d’Ernestine, dont la coiffure ressemble à une pièce montée en haut de laquelle est placé un nœud blanc, tel une décoration au sommet d’un sapin de Noël. Juchée sur de vertigineux talons aiguilles, elle est savoureuse et sa voix limpide nous envoûte, surtout lorsqu’elle est Cécilia Bartoli. Son duo avec Chrysodule Babylas fonctionne parfaitement. Alexandre Busserau est très à l’aise en amant imposteur qui se fera passer pour Florent Pagny avant de faire chanter, dans tous les sens du terme, la veuve Choufleuri. Quant à Renaud Gallissian, il est parfait dans le rôle du serviteur belge déluré, jouant aussi bien du yukulélé que de la clarinette ou de l’accordéon, divertissant tout ce petit monde, le cœur en fête. Anthony Fernandes et Raphaëlle Arnaud (Mr et Mme Balandard) complètent la joyeuse distribution en interprétant les invités de la soirée mondaine qui n’y verront que du feu concernant l’imposture qui se joue devant leurs yeux.

Un vent de fraîcheur et de jeunesse souffle sur le genre de l’opérette, réunissant des spectateurs-auditeurs de tout âge dans un même rire, conquis par une mise en scène originale et inventive, une réécriture fine et drôle ainsi qu’un rythme enlevé, soutenu par une troupe de jeunes comédiens au diapason.

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