Home : ils sont devenus fous

Après une création au Montansier de Versailles, c’est au Théâtre de l’Œuvre que nous avons rendez-vous pour découvrir la dernière mise en scène de Gérard Desarthe avec une distribution alléchante. Malheureusement, l’ensemble peine à convaincre et sombre dans la folie tandis que nous sombrons dans l’ennui.

Nous sommes dans la paisible cour d’un asile. C’est là que se rencontrent Jack et Harry, deux hommes internés là qui accumulent l’échange de banalités pour tromper le temps qui passe, rythmé par les différentes collations de la journée. Aucune confidence ne sera formulée, juste quelques anecdotes anodines. Ils laisseront ensuite leur chaise à deux femmes, Kathleen et Marjorie. La première, nymphomane, et la seconde, mythomane, cherchent à communiquer pour se sentir encore vivantes mais leurs dialogues, décalés, sont très souvent vides de sens.

Home a été créée à Londres en 1970 et proposée à Paris dès 1973 dans une adaptation de Marguerite Duras avec Gérard Depardieu dans un rôle très secondaire. Si l’auteur britannique David Storey souhaitait, dans sa quatrième pièce, reconstituer le climat d’oppression et l’univers clos d’un hôpital psychiatrique, la mise en scène, très statique, de Gérard Desarthe ne parvient pas à convaincre malgré une distribution de bons acteurs. Carole Bouquet, choucroute blonde sur la tête et chewing-gum mâchouillé à outrance lui donne un air de péripatéticienne d’un âge déjà avancé. Elle ne cesse de se plaindre de ses pieds en écartant à intervalle régulier ses jambes à peine couvertes par sa robe à fleurs ou en laissant échapper un rire peu naturel, gloussant comme une adolescente titillée par des débordements hormonaux. Sa copine, interprétée par Valérie Karsenti, est une flamboyante rousse aux chaussettes dépareillées, l’une bleue et l’autre orange sur des collants verts, à l’allure d’une paumée limitée intellectuellement parlant. Harry, quant à lui, prend vie sous les traits de Gérard Desarthe, en costume et sandales ouvertes sur des chaussettes couleur rouille. Mais celui qui surprend le plus, c’est sans aucun doute Pierre Palmade en dandy aux cheveux longs et gras, un véritable rôle de composition pour ce comique qui s’essaye à un autre registre avec cette pièce dramatique et arrive à tirer son épingle du jeu. Néanmoins la pièce tourne à vide et c’est désespérément ennuyeux. Beaucoup trop de silences ponctuent la pièce, ce qui crée un immense manque de rythme. Nous ne pouvons même pas non raccrocher au texte qui ressemble presque à des dialogues de sourds mais qui sont en réalité des conversations de fous. C’est à peine si la présence sur scène de Vincent Deniard, en balaise simplet, arrive à nous divertir lorsqu’il se muscle avec la table sur de drôles de bruitages ou avec les chaises. Le décor, misérable, avec un tas de briques, des poubelles en fer et du mobilier épars dont une table sur laquelle trône fièrement un vieux transistor, convient en revanche parfaitement à ces cinq personnages malmenés par la vie.

Tout est dit ou plutôt rien ne nous parvient dans un texte absurde qui ne fait aucun sens. Même si c’était le but de cette écriture décalée, le rythme proposé, proche de celui de la tortue qui recule, ne nous permet pas de nous attacher aux personnages, obsédés par l’idée de trouver une place, symbolisée par les chaises, ou à ce qu’ils vivent. Ainsi nous sombrons dans un profond ennui avec la sensation désagréable d’être passé à côté de la pièce. Mais pourquoi de si bons acteurs se sont-ils embarqués dans cette folle aventure ?

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