Le professeur Rollin se rebiffe et l’humour fuse

L’auteur, acteur, scénariste, humoriste François Rollin revient au Théâtre Michel pour nous entraîner dans la lecture du courrier de la semaine où les bons mots fusent de toute part dans un seul en scène où les questions sérieuses sont traitées avec humour et les autres avec bonne humeur.

François Rollin arrive sur scène avec une brouette contenant le courrier de la semaine. Le savant professeur répond avec délice aux questions qui lui sont posées, aussi sérieuses que loufoques. On lui demande par exemple « Quelle est la différence entre le raisin blanc et le raisin noir ? ». La réponse ne se fait pas attendre, déplorant que ce fruit soit mal nommé par des daltoniens puisque le raisin noir est violet foncé et le raisin blanc est vert. Le ton est donné et c’est dans un rythme soutenu que les anecdotes, histoires, jeux de mots et autres réponses vont se succéder.

Sur le plateau, le décor dépouillé accentue le côté décalé du professeur. A jardin se trouve un bureau encombré d’une multitude de verres à moitiés remplis (douze verres de téquila selon ses dires), d’une pile de livres et d’une lampe allumée. Côté cour se trouve la brouette avec le courrier. Au centre, en fond de scène, une deuxième brouette pour y déposer les questions auxquelles il a répondu. Au cours de la représentation, il abordera divers sujets comme les ouvrages majeurs sur la perdrix ou plus sérieusement le racisme, l’homosexualité, les quantités, la peinture, la musique, l’identité, la différence, les injustices… Ce seul en scène est un formidable moment d’humour où François Rollin manie les mots et les idées avec délice, parfois à la limite de l’absurde mais cela fonctionne à merveille. En fil rouge, il nous expose l’anecdote de la biche de Cologne en mars 1957 qui s’est baladée sur un terrain vague. Il va y revenir fréquemment, jusqu’à l’apparition de sa photo en fond de scène, entre deux questions loufoques comme « Professeur Rollin, quel est votre prénom ? » où l’on apprend que Rollin est son patronyme et Professeur son prénom (il n’aurait pas voulu s’appeler John Clafouti) comme un enfant répondrait Maman à la question Comment s’appelle ta maman ? ou « A quelle époque faut-il tailler les rosiers ? » qui se voit attribuer la réponse « au XVIIème siècle ». « Le divorce est-il un péché ? » : lorsqu’il répond que pour le bien-être des enfants, il faudrait que les parents divorcent un par un, cela montre toute l’étendue d’une écriture fine et réfléchie. C’est savoureux d’intelligence avec tant d’humour, de légèreté et d’absurde. Il faut le voir le Professeur fredonner des chants militaires ou le voir défiler sur une musique que de la garde républicaine.

Lorsqu’il envisage de faire l’échelle de Rollin des injustices, nous passons un délicieux moment, à rire des exemples pris. C’est ainsi que s’appeler John Clafouti pourrait définir le niveau 8, juste au-dessus du vigile de l’aéroport qui jette le tube de dentifrice au contrôle car la contenance est supérieure à 125 mL. Les questions absurdes se poursuivent dans un rythme effréné : « J’ai lu dans le journal que tous les trompettistes aiment la pizza sauf certains, est-ce vrai ? » mais aussi des interrogations plus profondes auxquelles nous n’avons pas forcément de réponses convenues. C’est le cas par exemple de « Pourquoi l’amour ça prend tant de place ? » où Rollin nous interpelle sur le grand amour contraint par la mythologie des héros de la littérature du dix-neuvième siècle, une inévitable chimère derrière laquelle nous courons.

Et si nous pouvons rire de tout car nous ne rions pas tous des mêmes choses et avec le même rire, nul doute que la représentation du Professeur Rollin se rebiffe restera un moment sensible, absurde et loufoque où nous prenons plaisir à suivre l’humour décalé d’un homme savant sachant manier la langue française avec doigté et délectation comme un indéniable expert langagier qui mène les mots à la baguette telle l’orchestration millimétrée d’une marche militaire au défilé du 14 juillet.

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