Etude de fesses : l’érotisme mis à nu

C’est au Paradis du Lucernaire que Xavier Gallais et le Projet Bloom nous ont conviés pour un moment jouissif, comme hors du temps, où parler sexe ne rime en aucun cas avec vulgarité mais plutôt avec plaisir sensoriel.

Xavier Gallais nous avait émus et touchés avec le texte Faim de Knut Hamsun dans une mise en scène prenante d’Arthur Nauzyciel. Cette fois-ci, il nous invite à un voyage plus léger, plus sensuel voire sexuel en proposant cette Etude de fesses. Accompagné par la soprano Raquel Camarinha et la guitariste Christelle Sery, le trio met tous nos sens en éveil dans une scénographie épurée, laissant libre court à notre imagination débordante en le sujet.

Vêtu d’un smoking et d’un nœud papillon, le très distingué Xavier Gallais prend place aux côtés de ses acolytes. Malgré l’impression « bon chic bon genre », c’est bel et bien de sexe dont il va nous parler, commençant son propos par le poème de Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, crument intitulé Le sonnet du trou du cul. Pourtant, aucune inquiétude à avoir, et surtout aucune raison d’être choqués, Xavier Gallais glisse toute la poésie et le charme possible dans sa lecture, remplissant la salle de sa voix généreuse, sans jamais être vulgaire. Murmurant le sonnet, la guitare experte sous les doigts de Christelle Sery prend pas à pas le dessus, jusqu’à ce que le texte en devienne inaudible, laissant jaillir toute l’hyper sensualité de l’acteur qui, tout au long de la représentation, va incarner parfaitement les textes, les habiter et les faire vivre. Accompagné d’une gestuelle discrète mais suggestive, il s’exprime de manière suave dont nos oreilles se réjouissent. L’humour s’invite même à la fête, comme lorsqu’il déclame un extrait du roman Les cochons sont lâchés de Frédéric Dard, jetant des regards coquins sur des paroles osées vers Raquel Camarinha, superbe dans sa longue robe noire du soir. Une foule d’émotions passent par leurs yeux, lien invisible mais remarquable d’une parfaite osmose.

Lorsque la soprano, accompagnée par la guitare, entame la chanson C’est l’extase langoureuse de Claude Debussy et Paul Verlaine, c’est tout le titre qui s’explicite sous nos yeux avant qu’elle n’interprète un orgasme en allemand pendant que Xavier Gallais, fait celui qui écoute au mur, l’œil pétillant et empli de désir. Si certaines de ses mimiques peuvent faire sourire, voire carrément provoquer un fou rire comme ce fut le cas ce soir-là, tout reste d’une délicatesse exemplaire. L’un des moments les plus exquis est sans conteste l’extrait de Fuck America d’Edgar Hilsenrath qui narre la rencontre entre une secrétaire de direction et Monsieur Bronski, un auteur qui ne pense qu’à « son cul ». La lecture, très drôle et brillamment expressive, est incarnée par un Xavier Gallais jouissif qui s’amuse de certains rires nerveux de l’assistance. Après l’extase, retour au calme et à la douceur avec la voix sereine de Raquel Camarinha sur Youkali de Kurt Weill et Roger Fernay, apportant un apaisement après la tornade sensorielle tandis que l’acteur, rassasié, se recroqueville, légèrement débraillé, et pose sa tête sur la cuisse de la jeune femme, les yeux clos comme pour mieux savourer cet instant de plénitude.

Même si certains passages de pure musique peuvent sembler un peu longs, Etude de fesses nous fait passer un agréable moment dans une lumière tamisée installant une atmosphère intime. Espérons que le spectacle soit repris prochainement pour titiller et émoustiller à nouveau tous nos sens en émoi.

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