Mes parents sont des enfants comme les autres : choc culturel et générationnel

D’abord fiction radiophonique, la pièce Mes parents sont des enfants comme les autres nous plonge avec humour dans une confrontation des générations et des cultures pour un délicieux moment théâtral bien qu’il n’évite pas certains clichés et certaines facilités que l’on pardonne aisément dans cette comédie familiale bon enfant.

Les parents d’Arnaud Baudrillard, des bobos post-soixante-huitards, rentrent à deux heures du matin. Leur fils les attend de pied ferme car ils ont oublié son anniversaire. Il leur reproche d’être des parents trop laxistes et déjantés : entre la mère qui se déguise en fée en plein milieu de la nuit et le père accro aux réseaux sociaux, difficile de trouver sa place de jeune adulte, lui qui voudrait une éducation plus stricte. Il annonce donc de but en blanc que cette année, il n’ira pas à La Rochelle pour des vacances familiales mais qu’il partira à Juan-les-pins dans la famille de son ami Serge Sitbon qui souhaite devenir rabbin. Mais Arnaud va très vite s’apercevoir que sous les apparences d’une famille idéale, les parents de Serge s’arrangent fortement avec la religion et sont eux aussi, des enfants comme les autres, trop cools selon leur propre fils.

Il y a environ cinq ans, Renaud Meyer créait une fiction radiophonique qui interrogeait le rapport parents / enfants en une vingtaine de minutes. Puis est née l’envie d’en faire une écriture plus longue. C’est aujourd’hui la dix-huitième version qui est présentée, dont la première scène est extrêmement proche de la fiction d’origine comme nous le confiait José Paul en conférence de presse. La pièce oppose deux familles de culture différente : d’un côté les Baudrillard, une famille athée dont les parents se comportent en véritables adulescents et de l’autre les Sitbon, une famille juive traditionnelle. L’écriture s’est faite en tenant compte des fortes personnalités des acteurs qui apportent tous une belle couleur aux personnages et nous apparait comme fine et intelligente même si certaines facilités ont du mal à être dépassées. Mais peu importe, nous passons un très bon moment dans ces familles en crise de maturité. Chacun est très touchant dans sa façon d’être avec les autres et emporte aisément l’empathie des spectateurs. La pièce bénéficie d’un rythme soutenu, d’un décor changeant qui nous transporte dans chaque univers avec une certaine tension sans arrêt relancée au fur et à mesure où les protagonistes vont devoir abandonner leurs certitudes les plus ancrées. Le texte appelle à la tolérance communautaire et cela fait un bien fou de ressentir autant de plaisir parvenant du plateau.

Côté interprétation, José Paul est excellent dans le rôle de Monsieur Baudrillard. L’une de ses meilleures scènes est sans aucun doute celle qu’il partage avec Guilhem Pellegrin, le patriarche juif lorsque Monsieur Sitbon vient récupérer son fils avant de s’imposer chez son hôte. Leur scène d’attente se transforme en séance de psychanalyse avec l’un dans le fauteuil et l’autre allongé sur le canapé, se laissant aller à quelques confidences avant de trouver un terrain d’entente : l’ukulélé. Les mères n’en sont pas en reste. Gladys Cohen campe une maman juive très convaincante. Elle se montre hilarante dans la scène de la partie de pocker pendant les vacances estivales. Quant à Marie Montoya, il faut la voir en mère athée imiter la mama juive ou débarquer déguisée en fée un gâteau dans une main et une baguette magique de l’autre. Elle est savoureuse et apporte une grande fraîcheur d’interprétation. Enfin, les deux jeunes sont parfaits également avec Loïc Renard (Arnaud) qui a un côté Tanguy très plaisant tandis que le souriant Rudy Milsteim (Serge) s’impose avec humour en futur rabbin très strict. Et quand à la fin, il lance, d’un air malicieux, un « t’es comme ton père », tout le monde comprend qu’ils sont prisonniers d’un modèle familial pas forcément parfait mais certainement plus rigoureux qu’ils ne pourraient penser. Et quand viendra leur tour de devenir parents, ils n’auront d’autres choix que de rester, eux aussi des enfants comme les autres.

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