Journal d’une apparition : les mots de Desnos sublimés par Gabriel Dufay

A l’occasion de l’année célébrant les soixante-dix ans de la disparition du poète surréaliste Robert Desnos, Gabriel Dufay nous livre un émouvant hommage, créé à Chaillot, dans lequel il révèle, avec une pureté grandiose, la délicatesse de l’auteur torturé.

Une ombre vient troubler le sommeil de Robert Desnos qui s’éveille et commence à nous narrer ses impressions. Il sait qu’il a rêvé mais ne peut donner de précision. Au fur et à mesure de son récit, la présence se fait plus réelle. L’ombre danse derrière un drap blanc comme elle danse dans son esprit et dans ses rêves. Debout, en pyjama, dans un décor épuré, il évoque son attente de voir revenir chaque nuit les apparitions. Il en a besoin mais la folie le guette et le voilà qu’il divague sur la mort de son fantôme qu’il sublime. Perception et habitudes se confondent et révèle toute l’écriture poétique et troublante de Robert Desnos.

Prenant appui sur différents textes de l’auteur surréaliste, Gabriel Dufay nous expose avec beaucoup de finesse et de délicatesse ses rencontres avec un fantôme, figure féminine mais mystérieuse, fortement inspiré par son amour à sens unique pour Yvonne George, une chanteuse de cabaret puis par sa relation amoureuse partagée avec Youki Foujita, figure montante du Montparnasse des années 30. C’est un véritable voyage poétique au cœur des rêves et de son esprit qu’une quasi angoisse existentielle empêche de trouver le repos dans une chambre impersonnelle où les spectateurs pénètrent telle une ombre tapie dans un coin. La confusion entre le rêve et la réalité est parfaitement maîtrisée. La scénographie, magnifique, rend compte de la pureté des mots de Robert Desnos. Gabriel Dufay nous livre une prestation magistrale et est habité de façon grandiose par la présence de ses songes. Petit à petit, il glisse vers une douce folie. L’éloignement d’Yvonne le détruit à petit feu et quand elle meurt, le 22 avril 1930 à l’âge du Christ, sans vraiment savoir pourquoi, un autre amour puissant a pris la place : après Yvonne « l’étoile », place à « la sirène » Youki qui laisse éclater tout le romantisme du poète. Les mots se font moins sombres, moins mélancoliques. Quand elle part, la solitude revient et il perd à nouveau confiance en l’amour qui l’obsède. Les années passent, il devient « le mieux aimé » et elle est « la seule aimée » et achève son introspection par le refuge trouvé dans la Poésie après la Seconde Guerre mondiale.

Sur scène, Gabriel Dufay, bouleversant de sincérité, s’accompagne de la gracieuse Pauline Masson qui renforce l’oscillation entre onirisme et réalisme, et par les notes mélodieuses qui s’élèvent du piano Bataille. C’est beau, fort, pure et passionné. Un vibrant hommage au poète français mal-aimé, littéralement transcendé dans cette formidable proposition scénique qui, telle l’apparition qui le torture, nous hantera pour longtemps.

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