Les Voisins du dessus : entre crise de nerfs et crise d’amour

La pièce de Laurence Jyl a été créée en 1985 au Théâtre de la Renaissance puis reprise en 1998 sous un regard différent. Pour cette troisième version, présentée à la Comédie-Bastille, retour au texte d’origine mais avec une résonance plus actuelle qui fait de cette comédie un savoureux moment.

©Fabienne Rappeneau
©Fabienne Rappeneau

Julie et Octave, sont mariés depuis six mois seulement. Ils viennent d’emménager dans un nouvel appartement, à Paris, afin que lui puisse terminer ses études notariales. La première nuit, après un rituel du coucher attendrissant, la voix de Bob Marley et celle d’Elvis Presley, provenant de chez les voisins du dessus, les empêchent de trouver le sommeil. Agacé, Octave tape au plafond pour faire cesser le bruit mais voilà que leur voisin, Léon, débarque chez eux à une heure dix du matin. Ce n’est que le lendemain, qu’ils feront la connaissance de Valentin, le compagnon de Léon avec qui il est pacsé. Les jeunes mariés ne s’imaginent pas encore à quel point les quinquagénaires excentriques vont bouleverser leur existence dans un intérieur dépareillé.

Les voisins, sujet récurrent cette saison au théâtre, ne sert ici que de prétexte à une pièce intelligemment écrite pat Laurence Jyl et remise au goût du jour pour bousculer les consciences et les conventions sociales du bien-vivre ensemble, parvenant à nous emmener dans des recoins inattendus en proposant des réflexions actuelles autour de la GPA (gestation pour autrui) ou du mariage pour tous, avec légèreté et humour. La pièce évite les facilités et les clichés et préfère peindre les petits travers du quotidien en dosant parfaitement rires et émotions. Le décor, signé Olivier Prost est modulable et transcrit pertinemment l’évolution de la situation. La mise en scène dynamique de Jean-Pierre Dravel et Olivier Macé oppose de façon nette les deux couples et souligne l’influence des uns sur les autres. D’un côté, les jeunes forment un couple attachant mais un peu mièvre, plutôt coincé et dans la vision toute rose de l’amour à deux. De l’autre, les quinquagénaires, « deux vieux cons déguisés en jeunes cons » se montrent sans gêne et surtout prêts à tout pour mettre sur pied leur folle conception de l’avenir. Jean-Baptiste Martin est Octave, dit « biquet ». Révélé au grand public grâce à son rôle de Sylvain Glevarec, le professeur d’histoire-géo laxiste de la capsule humoristique PEP’S, il est étonnant. Plutôt homophobe, son personnage va peu à peu s’ouvrir aux autres avant de se retrouver au bord de l’overdose face à la pression et à l’intrusion de ses voisins. Sa femme, Julie est campée par la formidable Déborah Krey qui livre là une prestation sans-faute, teintée d’une déconcertante spontanéité. Assez coincée, elle va progressivement se laisser attendrir par les voisins jusqu’à tomber sous leur influence. Lorsqu’elle fait des efforts pour rallumer la flamme dans son couple, il faut la voir déambuler sur le plateau dans sa guêpière rouge pour une irrésistible scène. Face à eux, Didier Constant (Valentin) et Bernard Fructus (Léon) sont attachants, sympathiques (mais agaçants s’ils étaient réellement nos propres voisins) en homosexuels excentriques et insomniaques, courant après le temps qui défile bien trop vite sans jamais pouvoir le rattraper. Leur duo fonctionne parfaitement et se montre extrêmement convaincant. Lorsqu’ils critiquent les meubles et la décoration des nouveaux arrivants, ils sont détestables à souhait mais la déclaration d’amour de Valentin à Léon saura toucher les cœurs les plus hostiles. Ils naviguent tous deux dans un vaste océan d’émotions, embarquant le public, amusé, dans leur quotidien, leur évolution, leur chemin vers la maturité.

Cette charmante comédie actuelle, appelant avec humour à la tolérance, finement amenée, nous fait vivre une belle soirée tout en proposant une réflexion intelligente et moderne sur des débats persistants. Et même si les voisins, « c’est comme la famille, on ne les choisit pas », nous sortons enchantés d’avoir passé quelques instants avec ces deux couples, regrettant même qu’ils ne fassent pas partis de notre voisinage plus longuement.

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