Irma la Douce nous entraîne avec plaisir dans le Pigalle de la fin des fifties.

Nicolas Briançon met en scène Irma la Douce, comédie musicale d’Alexandre Breffort, au Théâtre de la Porte Saint-Martin, avec des acteurs et non des chanteurs. Pari risqué mais qui parvient à convaincre et nous transporter sur les faubourgs d’un autre temps, marqué par l’insouciance et les libertés d’après-guerre.

© Pascal Victor
© Pascal Victor

Irma la Douce est une prostituée qui déambule dans le Pigalle de la fin des années 50. Avec Nestor le Fripé, un titi parisien quelque peu timide, ils s’aiment d’un amour tendre mais ce dernier se montre jaloux et possessif. Il veut être le seul et entretenir une relation exclusive avec Irma. C’est alors qu’il imagine un stratagème pour mettre son plan à exécution. Il se fait passer pour Monsieur Oscar et devient « un cave, un seul », celui qui reviendrait chaque jour. Parce qu’un « cave c’est la chimère lointaine des classes moyennes », en échange des 10 000 francs quotidiens de Monsieur Oscar (toujours les mêmes billets), la naïve Irma s’engage à n’avoir que lui comme client. Mais la jalousie maladive de Nestor le perdra et mettra à mal sa relation : obligé de « tuer » son double pour s’en sortir, un mauvais concours de circonstances fera qu’il sera jugé puis envoyé au bagne avant de revenir dans les bras de la douce Irma pour la naissance de leurs enfants.

Nicolas Briançon choisit de mettre en scène quinze comédiens qui utilisent parfaitement tout l’espace scénique et un orchestre de cinq musiciens, plutôt jazzy, côté cour. Néanmoins, le gros défaut de cette comédie musicale est le déséquilibre qui existe entre les deux parties. La première, très linéaire, apparait comme étant un travail scolaire bien propre mais sans aucune saveur exquise qui emballerait sans conteste le public. C’est bon mais sans plus, car trop classique. En revanche, après l’entracte, le ton change du tout au tout et la seconde partie, qui s’ouvre sur une hilarante et  irrésistible scène au tribunal, devient plus enlevée et surtout plus pimentée. Un grain de folie et d’audace s’empare du plateau dans des tableaux rythmés et hauts en couleur. C’est savoureux, plaisant et entraînant. Les compositions de Marguerite Monnot, à qui l’on doit l’inoubliable Milord de la môme Piaf, sont mises en valeur par une proposition scénique intéressante, bien que le livret d’Alexandre Breffort soit un peu faible par moment. L’orchestre en live dynamise l’ensemble mais à tendance parfois à couvrir les voix. Du côté des interprètes justement, le rôle-titre est confié à la douce Marie-Julie Baup qui apporte beaucoup de fraîcheur à son personnage mais manque peut-être un peu de gouaille. Cependant elle est particulièrement convaincante. Elle donne la réplique à Lorànt Deutch, qui se montre être parfait dans ce rôle double de Nestor/Oscar. Mariés à la ville et parents de trois enfants, leur duo fonctionne bien, sauf dans les parties chantées. En effet, si Marie-Julie Baup chante plutôt juste, sa voix, s’accordant mal avec celle de son partenaire, n’arrive pas à nous emporter totalement. Lorànt Deutch quant à lui est un bon acteur qui parviendrait presque à nous faire oublier que Nestor et Oscar ne font qu’un. Sa formidable scène devant le miroir est d’une perfection bouleversante. En revanche, le bât blesse quand il chante et les fausses notes s’enchaînent. A sa décharge, il n’est pas chanteur et cela ne gâche rien à l’ensemble du spectacle, apportant même un aspect empathique et touchant. Irma la Douce bénéficie de la superbe prestance de l’époustouflante Nicole Croisille, parfaite en tenancière du Cabaret des Inquiets et narratrice du récit. Véritable artiste, elle est Maman, dont la seule présence envoûte toute la salle. Il faut la voir à 78 ans, moulée en leggings aux motifs léopard et juchée sur des hauts talons vertigineux. So irrésistible ! Du côté des seconds rôles, Claire Perot et Andy Cocq se fondent dans la masse et c’est bien dommage tant leur potentiel ne se révèle qu’à de rares moments. Cependant, Andy Cocq, à la fois prostituée travesti et bagnard La Douceur (peut-être un peu trop caricatural en tricoteuse de layette) se voit confier une superbe scène au bagne, dévoilant de longues et fines jambes qui feraient fureur dans un cabaret et qui provoquent l’envie des femmes, complexées devant tant de perfection plastique. Quant à la scène finale, formidable, elle termine de nous convaincre que l’on vient d’assister à un très beau spectacle musical à la scénographie agréable, nous plongeant avec nostalgie dans l’ambiance insouciante d’après-guerre. Il faut bien avouer que c’est réussi et cela fait du bien alors pourquoi s’en priver ?

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2 réflexions sur “Irma la Douce nous entraîne avec plaisir dans le Pigalle de la fin des fifties.

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