La légende du roi Arthur : fresque musicale enchanteresse

Après 1789, les amants de la Bastille, qui avait plongé le public au cœur de la Révolution Française, le producteur à succès Dove Attia s’installe au Palais des Congrès de Paris, avant une tournée en 2016 dans toute la France, avec sa nouvelle comédie musicale qui se penche sur la légende arthurienne, l’une des plus belles histoires d’amour de la Bretagne antique avec Tristan et Iseut.

La légende du roi Arthur prend sa source dans le folklore celtique. Si son existence historique n’a pu être prouvée, elle n’en demeure pas moins féérique. Héros de nombreux romans de chevalerie du Moyen-âge (notamment ceux de Chrétien de Troyes), Arthur a de tout temps fasciné petits et grands. Quelques minutes avant le lever du rideau, des enfants, choisis au hasard dans le public, tentent de s’emparer d’Excalibur, l’épée même que le Roi de Bretagne Uther Pendragon planta dans le roc avant de mourir et de jurer que seul son successeur serait capable d’en extraire l’arme. Le spectacle commence lorsque Merlin réunit le peuple afin de désigner un nouveau roi, selon les prédictions d’Uther. C’est alors un vrai défilé devant le rocher, en vain. Un tournoi est donc organisé afin de forcer le Destin. Arthur, jeune écuyer, prépare l’équipage de son frère. Lorsqu’il s’aperçoit de la disparition de son épée, il pense emprunter momentanément celle plantée dans le roc qu’il parvient à extraire sans effort. C’est alors que, face aux doutes de certains, Merlin, le druide, révèle l’identité d’Arthur, fils d’Uther, né de la passion de ce dernier pour la femme d’un baron qu’il a pu posséder grâce à l’intervention magique de Merlin qui a exigé de confier en échange le bébé à un preux chevalier. Méléagant, un rebelle, ne peut accepter de reconnaître la légitimité de ce Roi qui, blessé au combat, sera soigné par Guenièvre, la fille d’un vassal, dont il tombera éperdument amoureux. Mais un soir, Morgane, la demi-sœur maléfique d’Arthur prend par magie l’apparence de la future reine pour abuser d’Arthur et tomber enceinte, reproduisant la malédiction du pauvre Roi. Manipulant Méléagant, elle va tout faire pour s’opposer au mariage royal, mis en danger par l’arrivée de Lancelot, un preux chevalier qui va semer le trouble dans le cœur de Guenièvre, tentant de résister à leur amour mutuel.

La fresque musicale proposée par Dove Attia, mise en scène et chorégraphiée par Giuliano Peparini est certes très commerciale mais il faut reconnaître que cela fonctionne à merveille. Les tableaux se succèdent avec une fluidité notable, variant le théâtre, la danse, le chant, la musique de manière plaisante. De nombreuses entrées par la salle permettent de maintenir l’attention des spectateurs. L’utilisation de la vidéo avec des images en perspective qui donnent beaucoup de profondeur au décor changeant, permet de renforcer une belle scénographie, comme la magnifique scène de feu sur les remparts de la ville plongée sous un orage menaçant ou encore les adieux de Merlin à Arthur, devant une mer calme éclairée par la pleine lune. Les chorégraphies sont visuellement attirantes, avec acrobaties, drapés tombés du ciel ou binômes en suspension derrière Arthur et Guenièvre lors de leur duo Quelque chose de magique. Les scènes de combat sont également plutôt réalistes et confèrent à l’ensemble une belle cohérence. Côté interprétation, si Zaho pouvait nous freiner un peu au départ, elle s’en sort très bien dans le rôle maléfique de la Fée Morgane, dont la haine transparait parfaitement, comme lorsqu’elle révèle le secret de la naissance d’Arthur ou qu’elle organise l’enlèvement de la reine, de même que sa fragilité enfouie, révélée dans son sommeil. Fabien Incardona, qui endosse le costume du rebelle Méléagant, est également convaincant, montant dans les aigus lors de la chanson A nos vœux sacrés avec une aisance déconcertante. David Alexis, envoûtant Merlin, est touchant dans sa position délicate de druide tourmenté. Son chant, très expressif, renforce la féérie du spectacle. Mais c’est bel et bien les trois rôles principaux qui sellent la réussite de cette nouvelle comédie musicale. Florent Mothe, très apprécié par les midinettes de la jeune génération, est touchant en roi Arthur, surtout dans son dernier chant Auprès d’un autre, qui transcrit sa volonté de pardonner à son épouse malgré une douleur tenace (« comment ressentir  de la haine pour un être que l’on aime plus fort que soi » se demande-t-il à juste titre). Lancelot, magnifique Charlie Boisseau, est bouleversant dans son duo Faire comme si, avec Guenièvre. Leurs deux voix se marient bien sur une ballade au piano où ils s’avouent leur amour. Nous le suivons à travers ses hésitations pour sauver celle qu’il aime au risque de perdre sa pureté pour un amour interdit et de devoir renoncer à approcher le Graal. La fabuleuse Camille Lou, dont la voix enchanta le public, mérite la mort après avoir été prise en flagrant délit d’adultère. Elle nous entraîne à travers ses sentiments partagés, entre tendresse auprès d’Arthur et passion dans les bras de Lancelot.

Excalibur, chevaliers de la Table Ronde, Merlin l’enchanteur, la quête du Graal… rien n’a été oublié autour de la légende du roi Arthur pour une comédie musicale de qualité, qui n’a rien a envier aux premières grandes fresques musicales telles Les Dix Commandements ou Notre-Dame de Paris, où la féérie celtique saura emporter le public dans la fabuleuse histoire romanesque du Moyen-âge.

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