Summer : vertige amoureux le temps d’un été

Pour son dernier film, la réalisatrice franco-lituanienne Alanté Kavaïté est retournée tourner dans son pays natal pour nous présenter la chronique d’une idylle adolescente estivale sur fond d’aviation. Ce premier film LGBT lituanien a remporté le Prix de la mise en scène du Festival Sundance et a été fort remarqué au dernier Festival du Film de Cabourg ainsi qu’à la Berlinale 2015.

Sangaïlé, qui signifie « avec force » est une jeune fille de 17 ans, mal dans sa peau qui se scarifie tandis que la fantaisiste Austé est une artiste extravertie. Alors que la première semble désespérée de passer à nouveau ses vacances en compagnie de ses parents dans une villa au bord d’un lac, la seconde travaille pour le spectacle annuel de voltige aérienne dont Sangaïlé est fan et qu’elle ne raterait pour rien au monde. Une même passion pour l’aviation va réunir au cœur de l’été les deux adolescentes aux caractères et personnalités bien opposés. La saison des amours bat son plein et leur histoire d’amitié va évoluer rapidement en tendre romance avec pour cadre des paysages bucoliques et sublimes.

Alanté Kavaïté saisit avec beaucoup de douceur et de sensualité ses deux actrices principales, Julija Steponaityte et Aisté Diržiūte, deux belles révélations. En filmant les visages au plus près, la réalisatrice capture les émotions naissantes dans une luminosité envoûtante rappelant inévitablement les premiers films de Sofia Coppola, aidée par la musique de Jean-Benoît Dunckel du groupe Air, qui avait déjà signé la bande-originale de Virgin Suicides. Les mélodies vaporeuses sont apaisantes, presque évanescentes et se fondent à merveille à l’esthétique sublime de Summer dont les prises de vues aériennes ou au ras de l’herbe accentuent la délicatesse dans la manière de filmer un amour lesbien d’une grande pureté. La photographie d’Ugné Henrico est bien évidemment magnifique. Sangaïlé, qui rêve d’avion alors qu’elle a le vertige, va progressivement prendre son envol et accepter de se jeter dans le vide pour accomplir ses rêves. Ce sentiment est également à mettre en parallèle avec la sensation procurée par la découverte de l’amour et un désir naissant. Le sujet est ici traité avec beaucoup de délicatesse, de façon sensuelle et touchante. Une importance toute particulière a été faite aux regards, miroirs de l’âme, de la complicité naissance des adolescentes jusqu’à leur rapprochement physique, filmé sans l’once de vulgarité. Les détails suggestifs sont très poétiques et l’ensemble de la réalisation bénéficie d’une grâce naturelle, aidée par la lumière aveuglante de la nature, et d’une pudeur touchante. Les scènes de voltige aérienne, d’un réalisme impressionnant, sont saisissantes pour le spectateur qui vit les mêmes angoisses que l’héroïne, au bord du malaise.

L’homosexualité féminine tend de plus en plus à trouver sa place dans les salles obscures et Summer dresse un portrait touchant d’une initiation à l’amour et à la vie où dompter ses peurs, prendre des risques et accepter de lâcher prise sont les bases de cet apprentissage chaotique. C’est beau, délicat, touchant. Un véritable soleil au cœur de l’été, saison des amours, où chacun est libre de ses donner les moyens de faire de ses rêves une réalité.

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