Ça n’arrive pas qu’aux autres : coup de folie en Normandie

L’heure de la rentrée théâtrale a sonné et c’est au Café de la Gare, fondé en 1969, que nous découvrons la première collaboration d’écriture de Nicolas Martinez et Benoît Moret, deux comédiens de la Troupe à Palmade, pour une pièce déjantée où il ne faudra pas se fier à son instinct pour anticiper la scène finale.

Ça n'arrive pas qu'aux autres, De et mise en scène Nicolas Martinez, Benoît Moret, Avec Ariane Boumendil, Nicolas Martinez, Benoît Moret, Pascale Oudot, Café de la gare (Paris), 27 août 2015, © Fabienne Rappeneau
© Fabienne Rappeneau

Les Moret, qui habitent Paris, se rendent un soir en Normandie afin d’effectuer une visite immobilière. Ils sont accueillis par les Marti, un couple endetté qui aspire à quitter leur maison en travaux dans un coin tranquille de campagne pour la Capitale. Ces deux couples que tout oppose vont vivre une soirée mouvementée qui finira dans la rubrique « Faits divers » des journaux locaux avant de faire la Une du journal télévisé. C’est ainsi que quatre comédiens de talent nous proposent de revivre cet événement pour tenter de comprendre comment une simple visite a pu tourner si vite en un véritable cauchemar où chacun va peu à peu perdre le contrôle de lui-même jusqu’à l’issue fatale, inattendue et improbable. Dès l’annonce d’accueil, les spectateurs sont parachutés dans une ambiance fantaisiste et loufoque dont ils ne sortiront que bien après le tomber du rideau. Sitôt le décor dévoilé, les blagues fusent, de même que les jeux de mots, taquineries et imitations en tout genre. L’ambiance est détendue même si le couple de parisiens est sur la réserve, un peu gênés et parfois mal à l’aise par la décontraction de leurs hôtes. Les masques ne vont pas tarder à tomber mais jusqu’au bout, le public ne voit rien venir du dénouement. Les indices de l’intrigue, dispersés de façon subtile, permettent de faire des liens mais il faut se méfier des apparences trompeuses et un mauvais concours de circonstances est si vite arrivé…

Après avoir remporté le Prix Théâtre de la fondation Diane et Lucien Barrière  pour sa pièce A Flanc de colline créée en 2013 au Théâtre Tristan Bernard, Benoît Moret s’associe à Nicolas Martinez pour écrire, mettre en scène et interpréter la comédie déjantée Ça n’arrive pas qu’aux autres. Ils bénéficient de la collaboration artistique de Benjamin Gauthier, membre lui aussi de la Troupe à Palmade. Ils prêtent également leur patronyme (ou une partie) à leur personnage et ont su insuffler sur scène une bonne dose de spontanéité, d’énergie et de plaisir communiqués très facilement à la salle. Benoît Moret, qui a rejoint la troupe en 2010, est irrésistible en homme un peu coincé, à l’image d’un Pierre Mortez dont il reprenait le rôle la saison dernière dans la cultissime pièce Le Père-Noël est une ordure. D’ailleurs, certains spectateurs pourraient avoir un peu de mal à se détacher des intonations de Thierry Lhermitte dont il est très proche vocalement. Il est cependant excellent dans le rôle d’un stewart qui va peu à peu bousculer les faux semblants. Sa réplique savoureuse « Quand je vais à Rio, je fais le carnaval avec ma teub » est en passe de devenir un classique malgré le vocabulaire un tantinet vulgaire et montre à quel point chacun peut se lâcher lorsqu’il est poussé à bout par une situation qu’il ne maîtrise pas. Face à lui, Ariane Boumendil est étonnante dans le rôle de sa femme. Mère au foyer, Madame Moret s’ennuie pendant les déplacements de son mari. Cette épouse bien sous tous rapports, l’alcool aidant, va progressivement lâcher prise jusqu’à basculer au point de non-retour. Il faut la voir dans l’imitation de la poule mouillée, c’est succulent. Nicolas Martinez est quant à lui le portrait typique de la caricature du campagnard, beauf et lourdaud. Il est d’un naturel déconcertant, très à l’aise et doté d’une grande capacité comique, au désespoir des futurs acquéreurs. Même s’il est parfois légèrement dans l’excès, l’acteur, qui a intégré l’atelier de jeunes auteurs-comédiens (devenu ensuite la Troupe à Palmade) en 2005, est hilarant en homme parano, simple chauffeur de bus, brute au cœur tendre. Sa femme, interprétée par la pétillante Pascale Oudot, est une névrosée à l’équilibre mental proche d’une bombe à retardement et apporte une fraîcheur salvatrice dans le quatuor.

Quelques petites imperfections lors de ce soir de première comme la bande-son, pas assez forte, couverte par les bruits de la salle au tout début de la représentation puis par le rideau qui s’ouvre. Néanmoins, nous suivons parfaitement l’intrigue dans un rythme effréné. Si la nudité de Benoît Moret peut aisément se justifier par la prise au pied de la lettre d’un jeu de mots toujours aussi savoureux, en revanche celle de Nicolas Martinez est plus contestable et n’apporte pas grand-chose au propos. L’ensemble reste cependant une excellente comédie de boulevard, où les portes claquent et chacun se dit ses quatre vérités avant de se réconcilier autour d’une danse endiablée ou par des galipettes derrière le divan. Nul doute du triomphe que rencontrera Ça n’arrive pas qu’aux autres, à l’heure de la rentrée théâtrale saison 15-16. Souhaitons à la pièce de faire longuement parler d’elle dans les pages Culture des journaux régionaux avant d’arriver, pourquoi pas, au JT de 20h.

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