Marie-Antoinette, la dernière heure d’une reine incomprise

Il aura fallu près de dix ans avant que le projet ne voit le jour dans la petite cave voûtée du Théâtre des Déchargeurs où une poignée de spectateurs impuissants assiste à la dernière heure de «l’Autrichienne », épouse du Roi Louis XVI.

Condamnée à mort, Marie-Antoinette se raconte, du fond de son cachot. Privée de plume, d’encre et de crayon, elle n’a pu poursuivre ses mémoires mais nous livre les moments les plus importants de sa vie depuis son arrivée en France, à commencer par son installation à Versailles le 16 mai 1770, grâce à la correspondance qu’elle entretient notamment avec sa mère Marie-Thérèse, impératrice d’Autriche. Future reine de France, l’épouse du Dauphin dévoile l’intimité de son mariage dans lequel il ne se passe rien. Il lui faudra attendre huit longues années avant de consommer son union. Lorsqu’elle entre dans Paris le 3 juin 1773, Marie-Antoinette est touchée par la tendresse et l’empressement du peuple mais cela sera de courte durée car très vite le pain vient à manquer et signe le début des émeutes à l’origine de la Révolution française. Femme avide de culture et de divertissements, elle dépense beaucoup, s’attirant les foudres du peuple, et profite, parfois incognito, des fastes parisiens comme le bal de l’Opéra où elle fera une rencontre déterminante : celle du Comte de Suède Axel de Fersen. Cependant, elle s’ennuie à Versailles où elle a élu domicile depuis le sacre de son époux Louis XVI. La naissance de ses enfants lui apportera un peu de baume au cœur avant que la mort ne vienne roder puis s’immiscer autour d’elle : sa mère, son fils, son mari, son frère… et n’en fasse l’ultime reine de France, condamnée à la lame de la guillotine à seulement 37 ans.

Dans une robe claire avec de longs cheveux blonds qui encadrent son visage, Bunny Godillot est seule en scène pour un récit teinté de solitude et de nostalgie. Elle se montre extrêmement touchante et émouvante lorsqu’elle évoque les douleurs de l’enfantement et l’évolution de son existence : elle passe d’une future reine joyeuse, pleine de vie, à une femme blessée et incomprise. Il faut l’entendre raconter son emploi du temps quotidien avec un débit rapide empreint de lassitude et captiver ses auditeurs quand elle mime le moment où, interdite de monter à cheval, elle lance la mode des promenades à dos d’âne. C’est dans un décor sommaire sur le minuscule plateau qui se confond avec la salle que nous prenons place, de façon aussi inconfortable que Marie-Antoinette, pour l’accompagner dans sa dernière heure au fond de son cachot de la Conciergerie. Il existe une réelle promiscuité avec le public qu’elle inclut comme lorsqu’elle distribue de petites brioches, évoquant ce qu’il aurait fallu faire pour nourrir le peuple, laissant les spectateurs perplexes et hésitants. Les différentes teintes vocales utilisées selon l’importance et le ressenti face aux événements ou souvenirs évoqués de manière chronologique, font de la représentation un moment d’empathie, brossant le portrait d’une femme, d’une mère, d’une épouse et d’une reine triste dans une solitude poignante. Son récit, ponctué de la musique de Dominique Probst utilisée à bon escient qui aiguise l’imaginaire du spectateur, transporté dans les derniers moments d’une femme méconnue au destin imposé, se termine par la dernière lettre qu’elle adresse à Madame Elisabeth, la sœur du Roi, dans laquelle elle fait ses adieux bouleversants.

La mise en scène de Catherine Chevallier est convaincante, travaillée et efficace malgré un espace exigu. Bunny Godillot incarne parfaitement Marie-Antoinette qui occupe depuis dix ans une grande place dans sa vie. Ayant eu accès à la correspondance de la Reine, elle a pu monter avec brio ce spectacle d’une douceur et d’une sensibilité notables avant de trouver le lieu idéal de la représentation. Et c’est dans la toute petite salle du Théâtre des Déchargeurs, une cave voûtée, qu’elle invite une vingtaine de spectateurs à s’enfermer avec elle pendant une heure et quart dans sa prison, dernière demeure avant le repos éternel, pour découvrir l’intimité d’une reine tourmentée avec une approche bien différente de celle de notre scolarité. Pari gagné : justice est faite pour réhabiliter Marie-Antoinette dans le cœur du public, le temps d’une représentation envoûtante qui a fait carton plein tout l’été chaque mercredi et vendredi soir. A découvrir jusqu’au 4 septembre 2015.

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3 réflexions sur “Marie-Antoinette, la dernière heure d’une reine incomprise

  1. MERCI D’AVOIR FAIT CE POST QUE JE DÉCOUVRE SEULEMENT MAINTENANT, N’AYANT PAS ÉTÉ SUR MON BLOG DEPUIS DES MOIS FAUTE DE TEMPS. VOUS AUREZ PEUT-ÊTRE LA GENTILLESSE DE RELAYER L’INFO. LA PIÈCE SERA JOUÉE LE 14 DÉCEMBRE AU SEIN DU FESTIVAL 12X12. PLACES GRATUITES À RÉSERVER SUR LE SITE DU FESTIVAL. CA VA ÊTRE TOP. MERCI DE VOTRE SOUTIEN. Bunny Godillot

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