Coiffure et confidences : prendre soin de son âme au salon

Didier Caron, actuel directeur du Théâtre Michel à Paris, adapte la pièce de 1987, Steel Magnolias de Robert Harling, transposant l’histoire dans un petit salon de coiffure à Paimpol des années 80, où il fait bon vivre. Rires et émotions garantis.

En 1989, le dramaturge et scénariste américain Robert Harling, voit sa pièce à succès réalisée sur grand écran par Herbert Ross et offre ainsi à la débutante Julia Roberts une nomination aux Oscars et le Golden Globe du meilleur second rôle féminin avec Potins de femmes. Didier Caron s’empare, 26 ans plus tard, de cette ode à la vie en quatre actes et s’entoure de Dominique Guillo pour la mise en scène, drôle et soignée, d’un huis clos féminin empreint d’une grande humanité, entre confidences sur les conjoints et épreuves de la vie. « Thérèse Beauty bonjour. Que puis-je faire pour votre tête ? ». Évidemment, dans ce petit salon de coiffure breton, l’apparence est importante mais chez Thérèse, on prend également soin de son âme et de son esprit. Elles sont cinq à se réunir autour de la patronne et montreront une solidarité sans faille face aux épreuves de la vie. L’acte I permet de faire connaissance avec la gérante qui accueille sa nouvelle apprentie, Agnès mais aussi avec les habituées du samedi matin : Magalie qui doit se marier dans quelques heures, sa mère, Jeanne, qui la couve d’un regard bienveillant malgré l’angoisse, Claire la veuve de l’ancien maire de Paimpol et Odette, la voisine hystérique. Dès l’acte II, l’intrigue se resserre autour de la relation mère-fille en ce Noël 1981 et les étapes importantes de la vie de Magalie seront le fil conducteur de la pièce, constituant chacune un acte différent qui nous fait passer en douceur du rire aux larmes et cueille le spectateur dans l’émotion pure.

Dans un décor acidulé rose bonbon très girly avec des touches bretonnes suggérées grâce aux bateaux et cadres de paysages marins, le salon « Thérèse Beauty » est d’un réalisme saisissant où rien ne manque, jusqu’au magazine féminin Coiffure et confidences pour découvrir les nouvelles tendances capillaires. Ce lieu de vie, c’est comme une seconde maison pour tous les personnages qui s’y retrouvent fréquemment au fil des saisons, à commencer par la patronne, l’épatante Marie-Hélène Lentini, connue du grand public pour son rôle de Madame Truche dans PEP’s, la capsule humoristique de TF1. Délaissée par son mari, Thérèse est tour à tour hilarante et touchante, piquante et sensible. Il faut la voir expliquer à son apprentie comment ça fait de prendre du plaisir ! A ses côtés, la naïve Agnès apporte beaucoup de fraîcheur à la pièce. Interprétée par Sandrine Le Berre, dont la voix enfantine, légèrement accentuée, et les réponses à côté de la plaque nous font instantanément penser à Marie-Anne Chazel en Zézette (le zozotement en moins) dans Le Père-Noël est une ordure de la troupe du Splendid. Cette pieuse apprentie coiffeuse vient de débarquer à Paimpol où elle compte bien démarrer une nouvelle vie, tout comme la jeune Magalie, sur le point de se marier. Léa François, qui interprète Barbara depuis 2009 dans la série à succès Plus belle la vie, est ici pétillante. Personnage solaire, elle est au cœur de l’intrigue. Atteinte d’une forme rare de diabète, sa crise à l’acte I est impressionnante et très bien jouée. Le spectateur souffre pour elle, se réjouit de ses bonheurs et compatit à ses malheurs, tout comme le fait sa mère, Jeanne, incarnée par Elisabeth Vitali (la touchante Céline, colocataire et amie de Sophie Marceau dans L’étudiante). Elle est parfaite dans ce rôle et arrive à nous submerger d’émotions, surtout dans l’acte IV où elle laissera éclater sa colère et sa douleur, de façon très crédible et extrêmement convaincante. Brigitte Faure (Odette) et Isabelle Tanakil (Claire) complètent les six rôles féminins. La rivalité entre ces deux dernières est bien amenée, sans lourdeur. Odette, rustre râleuse au cœur tendre, est très drôle mais c’est Claire, la politicienne loufoque qui emporte la mise dans leurs querelles. Propriétaire d’une radio libre, elle va peu à peu se métamorphoser pour notre plus grand bonheur.

Coiffure et Confidences brosse avec beaucoup de justesse le portrait touchant de six femmes au caractère et parcours différents dans une mise en scène rythmée et intelligente. Pas de temps mort dans cette pièce où l’émotion s’installe en douceur à l’aide d’un texte truculent et subtil, servi par six excellentes actrices qui héritent chacune d’un très beau rôle. L’humour est omniprésent, même en petites touches lors des moments les plus tragiques et l’écriture, fine et ciselée, de cette comédie légère qui glisse petit à petit vers le drame ne laisse aucune place au pathos. Une sympathique pièce à voir du mercredi au samedi jusqu’au 29 août 2015 au Théâtre Michel.

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