Nos futurs nous transporte dans un voyage en amitié

Après le superbe film Le premier jour du reste de ta vie (2008) et le touchant Un heureux événement, Rémi Bezançon nous emmène sur les chemins passés de l’amitié pour un périple étonnant dans une comédie douce-amère parfaitement maîtrisée.

Après avoir vu la bande-annonce de Nos Futurs, la première réaction a été de se dire qu’il s’agira encore une fois d’un film de potes trentenaires mal dans leur peau et nostalgiques de leur adolescence, un road-trip sympathique avec un casting de choc. Il n’en est rien ici et il faudra attendre la fin du film, surprenante et inattendue, pour que le spectateur, dérouté, ne puisse assembler toutes les pièces du puzzle. Au départ, il découvre Yann Kerbec, un trentenaire qui semble plus observateur qu’acteur de sa propre vie. Courtier en assurance-vie, il a repris le flambeau de son père dont il ne parvient pas à faire le deuil. Lorsque Estelle sa femme lui organise une soirée d’anniversaire, il replonge la tête la première dans ses souvenirs d’adolescent. Avec les potes, il a passé son temps à refaire le monde avant de les perdre de vue. Mais la vie ne peut séparer de vrais amis. C’est alors qu’il reprend contact avec Thomas son meilleur copain d’enfance. Tandis que Yann semble avoir vieilli d’un coup, Thomas, lui, n’a pas changé : même numéro, même look, même adresse. C’est comme s’il s’était figé dans le passé, accroché à son minitel comme à une bouée de sauvetage. Convaincus d’être prisonniers d’une malédiction, ils décident d’organiser une « bamboula », une fête « dans son jus » comme à l’époque du lycée. Ils entreprennent de recontacter leurs amis de jeunesse, à commencer par Max, surnommé DJ Mad Max, leur compère. Commence alors leur voyage en amitiés passées, avec Frago la chaudasse, Emma, Virginie, Vincent Montluc, Samy et les autres… Mais « la moitié d’un ami c’est aussi la moitié d’un traitre » et la mémoire ne garde que les bons moments passés sans se soucier du temps pour ne retenir que des expressions lourdes de sens comme « Amis un jour, amis toujours » ou « A la vie, à la mort ».

Alors que le deuil et ses blessures se dessinent peu à peu (Estelle, la femme de Yann rencontre des difficultés pour mener ses grossesses au-delà du quatrième mois), le film, touchant et délicat, offre en filigrane une sublime réflexion sur la vie et la mort, malgré quelques longueurs, surtout dans la première moitié du long-métrage. Entre monde réel et onirique, le spectateur se perd dans les dédales de sa propre mémoire sur les traces d’un passé heureux. Rémi Bezançon nous entraîne dans un drame enfoui sous une comédie ayant pour toile de fond des retrouvailles espérées avec un casting soigné. Pio Marmaï est parfait dans le rôle de Thomas, en ado attardé, et retrouve là son réalisateur fétiche pour la troisième fois. Pierre Rochefort complète leur tandem amical. Yann est autant en retrait que Thomas est extraverti. D’un tempérament calme et posé, il peine à accepter sa vie d’adulte et va petit à petit se laisser entraîner par l’insouciance retrouvée sur le chemin des souvenirs. A leurs côtés, notons la présence fragile et très touchante de Mélanie Bernier dans le rôle d’Estelle, celle de Camille Cottin, Zabou Breitman (très juste en mère tourmentée), Roxane Mesquida (la belle Virginie), Kyan Khojandi (en DJ Mad Max rangé et bon père de famille après s’être incrusté sur toutes les photos de classe en terminale), Micha Lescot (irrésistible dans le rôle de Samy) et tant d’autres qui incarnent avec beaucoup de conviction leur rôle. La bande-son, signée Pierre Adenot, apporte beaucoup au film, et trouve, comme souvent chez Rémi Bezançon, une place primordiale, et le morceau Chopin with strings bouleversera les spectateurs les plus mélomanes. Souhaitons au film un long voyage et que l’inscription « No future » s’éloigne à grands pas pour nous laisser admirer cette comédie douce-amère, belle réussite, parfaitement maîtrisée et filmée avec beaucoup de délicatesse.

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