Valley of Love : tête à tête avec la mort dans le désert

Présenté en compétition officielle du Festival de Cannes 2015, Valley of Love est un film de Guillaume Nicloux qu’il dédie à son père et qui permet de réunir, 35 ans après Loulou de Maurice Pialat, deux grandes figures du cinéma français : Isabelle Huppert et Gérard Depardieu.

Filmée de dos puis dans la pénombre, la frêle silhouette d’Isabelle Huppert est reconnaissable au premier coup d’œil. Elle arrive dans sa chambre d’hôtel avant que la vallée ne s’éclaire et qu’elle ne soit rejointe par son ex-mari Gérard, un acteur à la bedaine bien visible. Malgré la chaleur ambiante, leurs retrouvailles sont plutôt froides. Ils sont réunis dans la Vallée de la Mort par la volonté de leur fils décédé. A la lecture de la lettre qu’il a laissée à sa mère, nous comprenons qu’il promet à ses parents de revenir, mais pour cela, ils devront suivre ses instructions, et se trouver à des endroits bien précis pour des rendez-vous ponctuels dans le désert. Alors qu’elle cherche un sens au suicide de son fils, lui relativise et se montre plus sceptique. Néanmoins, tel un pèlerinage, ils vont suivre le planning comportant 7 étapes avec un lieu différent, accompagné d’une date et d’une heure précises de présence. La culpabilité qu’ils ont face à la mort de leur fils les pousse à accepter ses dernières volontés mais ce ne sera pas sans conséquence sur leur propre histoire : « Quand on aime vraiment quelqu’un, on l’aime pour toujours ».

Isabelle Huppert est bouleversante en mère perdue après sept ans sans voir son enfant, voulant croire coûte que coûte au retour de son fils de l’au-delà : « un rêve, on en fait ce qu’on veut ». A bout de nerfs, elle sombre peu à peu dans une douce folie. Elle est parfaite de bout en bout, pleine de grâce dans ce personnage dévastée par la perte la plus terrible qu’il soit. Son naturel est saisissant et contraste avec l’imposant Gérard Depardieu, impressionnant, majestueux et épatant dans un rôle difficile auquel il confère beaucoup de pudeur et de subtilité. Pas de seconds rôles, juste un peu de figuration. Ils sont seuls dans ce tête à tête avec la mort. Entre avenir et passé, ils errent dans le présent au milieu du désert. La frontière entre la réalité et la fiction est mince : le choix a été fait de donner le même prénom et le même métier aux personnages qu’à leur interprète et l’ombre de Guillaume Depardieu plane bien évidemment dans la tête du spectateur qui ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre le personnage, père endeuillé, et l’acteur. La complicité qu’il y a entre Isabelle Huppert et Gérard Depardieu est bien visible à l’écran et rend crédible leur histoire où tout les oppose : elle est frêle, il est imposant physiquement, elle parle d’évidences, il est dans le déni complet. Leur jeu est d’une grande justesse et leur performance sincèrement magistrale.

Le décor est aussi aride que leurs yeux devant la perte de leur amour. Les paysages sont sublimes. Le tournage qui a eu lieu dans la Death Valley aux Etats-Unis, avec une température ambiante de 50 degrés permet de magnifier l’endroit et confère au film une authenticité et un réalisme prenant. Le rythme est un peu lent mais captivant et jamais ennuyeux. Le spectateur est envoûté et se laisse aller pour suivre le duo dans ce rendez-vous spirituel. Le scénario, très travaillé, est d’une grande intelligence. Guillaume Nicloux injecte dans sa réalisation une bonne dose de tendresse. La mise en scène est remarquable. Il filme au plus près les visages et les expressions, comme pour sonder l’âme de ce couple dont l’amour s’est égaré dans le désert de la vie.

La bande-son, signée Charles Ives, sert à merveille ces retrouvailles et magnifie la scène finale, pleine de promesses. Guillaume Nicloux signe un film à la fois touchant et émouvant sur la perte d’un enfant, sur les illusions, la mort et la vie. A travers le couple de Isabelle et Gérard, il nous entraine dans tous les aspects du travail du deuil, de l’acceptation en passant par la volonté de croire l’impossible à travers le personnage central, absent mais fédérateur dont l’âme plane comme un fantôme dans le désert d’amour de ses parents qui se démènent tant bien que mal avec leurs retrouvailles, leurs reproches, leurs souvenirs… Hésitations, contradictions, malentendus, rien n’est oublié sur ce chemin sinueux de la vie où l’on entrevoit leur chagrin, leur détresse mais également leur amour indestructible. Une claque cinématographique indispensable.

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