On voulait tout casser : où sont passés nos rêves ?

Les comédies avec pour toile de fond des amitiés de longue date ont fleuri sur grand écran depuis le printemps dernier. Philippe Guillard quant à lui, décide pour son deuxième long-métrage (après Le fils à Jo, joli succès de 2011) d’en faire une comédie dramatique, véritable ode à la vie et à l’amitié masculine, en plaçant au cœur de son intrigue Kad Merad, qui choisit de tout plaquer pour faire le tour du monde.

Ils sont cinq hommes, amis depuis plus de trente ans. Entre apéros et petites chamailleries, la vie s’écoule paisiblement et leurs rêves de jeunesse s’éloignent sans faire de bruit jusqu’au jour où Christophe, dit Kiki, apprend qu’il a le même cancer que son père. Il replonge alors dans sa jeunesse en ouvrant une vieille boîte en fer et refuse catégoriquement de se rendre à l’hôpital, submergé par les souvenirs de son père, seul, face à la maladie. Lorsqu’il apprend qu’il ne lui reste plus que 4 ou 5 mois à vivre, il réunit ses potes pour leur annoncer son départ : il veut mettre les voiles, changer de vie et faire le tour du monde en réalisant son rêve de môme. Même si l’idée n’est pas très originale, On voulait tout casser interpelle le spectateur sur le temps qui passe (trop vite), laissant une partie de nos rêves sur le bord du chemin. L’amitié a ici une importance capitale et rien ne vient altérer sa solidité et sa profondeur pour les cinq hommes dont leur pudeur naturelle les empêche de tout se dire. Pour ne pas blesser ceux qui les aiment, ils se cachent leurs échecs et états d’âme malgré une évidente proximité (physique et sentimentale). Comme le rappelle à juste titre le réalisateur, il y a une volonté de faire éclater les non-dits dans ce film de potes d’une grande justesse : « Finalement, on boit des bières ensemble depuis 30 ans, mais on ne se connait pas vraiment. ». Peut-on vraiment connaître ceux qu’on aime ? La question est posée…

Pour servir ces tranches de vie qui offrent une jolie vision de l’amitié masculine, nous retrouvons avec plaisir Kad Merad, dans un rôle touchant un peu différent de ceux auxquels il nous a habitués. Il est Kiki, celui par qui tout arrive. Et pourtant, il est moins présent que les autres à l’écran, laissant la part belle à ses quatre amis. En tête, il y a Bilou (formidable Charles Berling) le restaurateur amoureux de Sarah, sa serveuse. Il vit avec elle mais n’est pas aimé en retour. Lorsqu’il découvre qu’elle le trompe, il se montrera d’une dignité exemplaire. Gérôme (excellent Benoît Magimel) est divorcé, père d’une fillette et jaloux du nouveau compagnon de son ex-femme. Pancho, quant à lui, est interprété par Jean-François Cayrey. Il est drôle à souhait dans le rôle de celui qui est obsédé par les mesures alors qu’il vient d’acheter une maison où tout fonctionne avec une télécommande. Il veut épater les autres (la scène où il achète des livres est pétillante et d’une grande fraîcheur) et montrer qu’il s’en sort. Enfin, il y a Tony, campé par un Vincent Moscato qui surjoue légèrement mais qu’importe.

Tourné en partie à Fécamp (Seine-Maritime), On voulait tout casser nous montre une amitié qui résiste à l’épreuve du temps et trouve la juste dose entre humour et émotion. Même s’il manque un peu de rythme, c’est l’occasion de passer un agréable moment, et de faire le plein d’optimisme, porté par la bande-son signée Maxime Lebidois et Roméo Guillard. Sans jamais tomber dans le pathos ou le larmoyant, les cinq amis nous entraînent à la poursuite de nos propres rêves enfouis. Lorsque les quatre compères découvrent que Kiki leur a menti, ils le rejoignent, l’épaulent comme ils peuvent face à la maladie et décident de passer du temps ensemble. C’est l’occasion pour chacun de remettre de l’ordre dans sa vie, comprenant à quel point l’existence est fragile. A l’heure du départ, aucun aveu n’est fait mais chacun sait qu’il s’agit du dernier voyage. Des plans-séquences filmés en toute sobriété jusqu’à la dernière scène, fort émouvante où tout est suggéré, nous ressortons de la salle en voulant nous aussi tout casser et rattraper ce temps perdu à jamais.

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