Loin de la foule déchaînée : drame romantique doux mais fade

Le cinéaste danois Thomas Vintenberg, qui a obtenu le Prix du Jury au Festival de Cannes 98 pour son film Festen, signe ici un mélo victorien un peu fade en adaptant de façon très classique le roman chef-d’œuvre de Thomas Hardy.

C’est la sixième fois que le quatrième roman de Thomas Hardy, Loin de la foule déchaînée, écrit en 1874, est transposé sur grand écran. L’histoire se passe dans le Dorset en Angleterre, à trois cents kilomètres de Londres, dans la deuxième moitié du XIXème siècle, en pleine époque victorienne. Gabriel Oak quitte sa ferme après avoir perdu tous ses moutons la même nuit. Durant son exil, il sauve la ferme de Melle Everdene, menacée par un terrible incendie. Epris de l’héritière, il se fait engagé mais également éconduire par la jeune femme qui doit diriger la ferme et s’imposer dans un milieu d’hommes mais aspirant par-dessus-tout à la liberté et à son indépendance. Courtisée par trois hommes de classe sociale différente, c’est néanmoins sa relation avec le fermier Oak qui est davantage développée à l’écran.

Le tournage sur pellicule confère au film une esthétique particulière et magnifique. L’importance est donnée aux couleurs et aux arrière-plans imposants. Les décors du Dorset, au sud-ouest de l’Angleterre, sont superbes et sublimés sous la caméra de Thomas Vintenberg avec une lumière chaleureuse. La photographie, signée Charlotte Bruus Christensen, est inévitablement très belle, tout comme la bande-originale de Craig Armstrong qui pose des notes sur des paysages d’une rare beauté, tout en apportant beaucoup de douceur. Pour interpréter Bathsheba Everdene, le réalisateur a fait appel à Carey Mulligan, vue également dans Orgueil et Préjugés de Joe Wright, qui est ici rayonnante mais devient à la longue agaçante dans ses hésitations et ses fuites. En revanche, Matthias Schoenaerts, incontournable cette année au cinéma, est convaincant dans le rôle du charismatique Gabriel Oak.

Avec une mise en scène très soignée et une technique irréprochable (aussi bien pour les décors que pour les cadrages, en passant par les lumières ou les costumes), l’adaptation est de qualité mais souffre néanmoins de quelques longueurs dans la deuxième partie, très axée sur la vie sentimentale de l’héroïne avant-gardiste, déterminée à rester libre quitte à renoncer au bonheur, à fuir ce qu’elle désire le plus avant de se raviser in extremis. Le rythme s’essouffle et un manque se fait ressentir. Le spectateur sombre par moment dans un doux ennui, et rêve à un brin d’audace  ou de profondeur qui n’arrivera pas. C’est bien dommage car il suffisait de peu pour nous embarquer totalement dans ce drame romantique, loin de la foule déchaînée face aux grosses productions américaines actuelles.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s