Un homme idéal : de la lumière aux ténèbres

Pour son second long métrage, Yann Gozlan nous plonge dans un brillant thriller solaire et littéraire auréolé de la présence de l’ancien pensionnaire de la Comédie-Française, Pierre Niney, interprétant avec brio un écrivain sans talent qui va rencontrer le succès en s’appropriant le manuscrit d’un mort et se retrouver entraîné dans une spirale meurtrière afin de préserver son secret.

 affiche du film

C’est avec beaucoup de délicatesse que le réalisateur aborde le thème de l’usurpation, de l’imposture et du double je(u). Une usurpation d’identité mais aussi de vie rêvée avec un fort désir de réussite sociale dans la lignée du chef d’œuvre Plein Soleil de René Clément, où Alain Delon, au top de sa beauté et de son talent, incarnait avec force le ténébreux Tom Ripley. 55 ans plus tard, Pierre Niney reprend le flambeau sous les traits de Mathieu Vasseur, écrivain raté en quête de lui-même qui va plonger dans un cercle vicieux où l’issue fatale semble inévitable.

Mathieu a 25 ans, est écrivain la nuit et déménageur le jour. Malgré son acharnement, aucun éditeur ne souhaite le publier et il essuie de nombreux refus. Alors qu’il doit vider l’appartement d’un vieil homme qui vient de décéder, sans héritier, il trouve la photo d’un soldat prise à Alger ainsi qu’un journal de guerre accompagné de photos, croquis, documents d’époque…. L’homme idéal en apparence hésite puis  s’empare du manuscrit. Très vite, il décide de retranscrire le journal dérobé qu’il intitule Sable noir et qu’il signe de son propre nom avant de l’envoyer à un éditeur qui le rappelle, enthousiaste. Finie l’angoisse de la page blanche, tout semble lui sourire. Trois ans plus tard, il a réussi sa vie et trouvé l’amour. La situation semble idyllique, sous le soleil du sud de la France. Mais très vite la pression de son éditeur pour son second roman se fait ressentir et Mathieu s’enfonce peu à peu dans ses mensonges. Pris à son propre piège, il se retrouve précipité dans un vertige identitaire et bascule dans une spirale mensongère et criminelle. Il souhaite coûte que coûte préserver son secret, sauver les apparences malgré une angoisse permanente de perdre celle qu’il aime et cette vie idéale mais inventée qui n’est pas la sienne. Peu à peu, il perd tout contrôle sur son existence et le spectateur assiste impuissant à son enfermement progressif grâce notamment à la caméra qui le filme au plus près, comme pour symboliser la prison dorée de laquelle il ne semble pouvoir s’extraire.

Pour incarner à la fois la présence et l’absence, la lumière et les ténèbres, il fallait un acteur talentueux possédant une interprétation remarquablement maîtrisée. Jeune promesse du cinéma français, Pierre Niney, qui vient de démissionner de la Comédie-Française et d’obtenir en février dernier le César du meilleur acteur pour son rôle dans Yves Saint-Laurent de Jalil Lespert, rayonne et excelle dans ce rôle. Son jeu extrêmement précis, son interprétation simple et magistrale, son élégance troublante et sa jeunesse insolente collent parfaitement au sujet. Malgré quelques petites incohérences dans le scénario, il incarne formidablement cet homme borderline qui vit dans la terreur d’être démasqué, qui a basé toute son existence sur des mensonges et dont l’angoisse permanente va le précipiter vers sa chute. Dans l’impossibilité de reculer, son ambition destructrice le conduit à puiser dans les recoins les plus sombres de son être afin de demeurer dans la lumière. Face à lui, nous retrouvons la grâce et le charme d’Ana Girardot, parfaite en fiancée aveuglée par l’aspect solaire de l’imposteur qu’elle idéalise.

Angoissé par la perte, Mathieu, qui souffre d’un envahissant besoin de reconnaissance doublé d’une peur de se décevoir et de décevoir les autres, fait de sa vie une métaphore de l’écriture. Le film pose alors les prémices d’une passionnante réflexion sur la création : faut-il avoir réellement souffert pour écrire ? Jusqu’où peut-on aller pour créer ? Dans une ambiance quasi hitchcockienne, les plans captivants entraînent le spectateur dans une tension tenace jusqu’au dénouement final qui laisse une impression d’immense gâchis. De judicieuses ellipses séparent les séquences d’une efficacité redoutable où les scènes se succèdent, à la fois intenses et poignantes. Mathieu, dont les émotions changeantes sont coordonnées à l’éclairage de la caméra, passe de la lumière aux ténèbres à une vitesse déconcertante. Un thriller haletant, fascinant et bouleversant qui a tout d’une petite pépite à ne pas manquer.

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