Suite française : un amour impossible

Saul Dibb adapte les deux premiers romans d’une série inachevée d’Irène Némirovsky, auteur née en Ukraine, qui, avant de mourir en déportation à Auschwitz, consigna sa vie sous l’Occupation dans un récit publié en 2004 qui obtiendra le Prix Renaudot la même année, à titre posthume.

 affiche du film

De cette formidable tranche de vie, le scénario ne retient principalement que cette histoire d’amour impossible et passagère entre une femme esseulée dont le mari est retenu prisonnier et un officier allemand avec lequel elle est contrainte de cohabiter. Au détriment de toute critique sociale, ils vont prouver que l’amour n’a ni frontière, ni nationalité, ni cas de conscience dans un contexte de guerre. Néanmoins, cette passion contrariée, cette romance interdite au dénouement tragique traite également des relations humaines en général, au-delà de l’histoire romanesque sur fond de guerre. Avec une reconstitution minutieuse, tournée dans des décors naturels, le film brosse le portrait de personnages à la personnalité bien plus complexe qu’il n’y parait, comme c’est le cas pour la belle-mère de l’héroïne.

Dans le rôle de Lucile, l’épouse esseulée et courageuse qui ira jusqu’à cacher un ami au risque d’être fusillée, on retrouve avec bonheur Michelle Williams. L’héroïne de la série pour ados Dawson a bien changé. Son jeu est profond et sa crédibilité sans fausse note. Elle est parfaite dans ce rôle de femme déterminée qui n’a pas peur d’une fin tragique. A ces côtés, l’acteur belge Matthias Schoenaerts campe un magnétique officier allemand, soldat tourmenté, sentimental et mélomane au charisme bouleversant. Il composera pour Lucile un morceau de piano d’une infinie douceur, plein de mélancolie, fil rouge de leur romance. Pour compléter le podium des rôles principaux, soulignons la formidable présence de Kristin Scott Thomas qui confirme ici son talent de femme poignante après son magnifique rôle dans Elle s’appelait Sarah. D’un premier abord, elle semble plutôt froide et coriace mais la belle-mère de Lucile dévoilera progressivement ses failles et ses faiblesses, la rendant plus humaine au fil du temps. Le film donne également la part belle à une pléiade de seconds rôles, tous excellents, à l’image de Lambert Wilson qui se glisse dans la peau d’un vicomte victime d’un contexte difficile, traité tout en nuances dont le personnage aurait gagné à être davantage étoffé.

La distribution impeccable et la sublime interprétation des acteurs font de Suite française un film émouvant très réussi, d’une justesse remarquable et à la simplicité diablement efficace.

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