Raphaël Personnaz est Charlie, l’inspecteur sur les traces de Guy George.

Aller voir au cinéma, le jour de sa sortie le mercredi 7 janvier 2015, un film sur un tueur en série dont l’histoire se déroule dans le 11ème arrondissement de Paris et avec un personnage central surnommé Charlie le jour des attentats contre Charlie Hebdo a quelque chose qui relève de la coïncidence fâcheuse et hasardeuse. En dépit d’un contexte émotionnel évident, l’Affaire SK1 nous plonge dans une affaire judiciaire traitée avec minutie et offre un film prenant qui impose la sincérité.

affiche du film

Pour son premier long-métrage, Frédéric Tellier, réalisateur et co-scénariste propose un film dense et humain où le travail de documentation extrêmement fourni transparaît à chaque séquence, dans un but davantage de transmission que de fiction. A l’aide d’une chronologie précise indiquée à l’écran, il nous fait vivre la grande complexité du dossier en alternant scènes de procès et enquête. L’écriture est intelligente et le sujet est traité avec beaucoup de sérieux.

Le film s’ouvre sur le premier jour d’audience. Le 19 mars 2001, un homme plutôt antipathique arrive au tribunal pour y être jugé. Il encourt la réclusion à perpétuité mais réfute ce qui lui est reproché. Cela lui vaudra de continuer sous les huées du public venu en nombre. On apprend alors qu’il s’agit de Guy George. Retour alors au premier jour de Franck Magne au 36 quai des Orfèvres, à la brigade criminelle. Surnommé Charlie par ses collègues (à cause de Charlie Magne, dévoilant tout l’humour des inspecteurs étant au premier rang de toute l’horreur de l’humanité), il est briefé sur une affaire de viol, torture et homicide. Commence alors un va-et-vient entre l’instruction et la préparation du procès. La façon d’établir un lien avec une affaire datant de mai 89, la succession des victimes dont le mode opératoire est concordant tout comme les sévices subits… Rien n’est laissé au hasard. Arrive alors la tentative d’homicide sur Elisabeth Ortega qui sera la seule survivante du tueur (bouleversante Christa Théret , vu notamment dans LOL de Liza Azuelos, qui apporte au personnage beaucoup de profondeur et d’empathie). Lorsque le code génétique du tueur est enfin relevé et fiché, il hérite du code SK1 (pour Sérial Killer n°1) et place l’affaire au cœur du travail des équipes du 36. Mais l’attentat à la bombe dans le métro à la station Saint-Michel bouleverse cette organisation : désormais l’équipe travaillera le jour à lutter contre le terrorisme et la nuit à traquer le tueur de l’Est Parisien, en mettant en place des rondes avec Elisabeth. Les séquences vont crescendo dans le détail et la reconstitution jusqu’à l’arrestation. Les aveux livrés par Guy George (époustouflant Adama Niane qui est déstabilisant de justesse) sont d’une grande froideur. Les détails sont éprouvants et signent la fin de la traque du monstre. Restera à son avocate Frédérique Pons à traquer l’homme derrière le monstre. Dans ce rôle difficile, Nathalie Baye excelle. Elle est juste et sensible, parfaite en femme de loi cherchant à sauver l’âme de son client en l’accompagnant avec beaucoup de douceur vers la confession devant les proches des victimes. En lui demandant une parole libératrice, elle permet à l’ensemble des protagonistes d’accéder à une sorte de délivrance. C’est avec beaucoup de soulagement que Franck Magne apprendra que celui qu’il a cherché pendant près d’une décennie a enfin avoué ! Cette enquête très éprouvante a failli lui coûter sa vie personnelle, ses repères, son équilibre.

Le 5 avril 2001, Guy George sera condamné à la perpétuité et suite à son arrestation, le FNAEG sera créé (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques). Le film doit beaucoup au travail sérieux de documentation très fourni et méticuleux mais également à son casting de choix, à commencer par Raphaël Personnaz qui incarne Charlie. Il est très crédible et étonnamment convaincant dans ses doutes, ses espoirs et sa révolte. Bouleversant dans ce rôle central, il représente toute la complexité de l’enquête qu’il porte avec beaucoup de retenue jusqu’ à son terme. Olivier Gourmet, dans le rôle de Bougon et l’excellent Michel Vuillermoz (Carbonel) interprètent ses collègues. Ils sont merveilleux et bouleversant de sincérité. Soulignons également la présence de Thierry Neuvic en flic carriériste dont le rôle manque un peu de relief. Le choix du détail dans cette reconstitution fait de l’affaire SK1 un film à la mise en scène brillante qui interroge sur l’humanité qu’il y a en chaque être, aussi monstrueux soit-il. Glaçante et effrayante perspective !

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