Nos femmes : une amitié à rude épreuve

Le moins que l’on puisse dire c’est que le thème des amitiés de longue date inspire les réalisateurs en ce moment avec deux sorties à une semaine d’intervalle. Après Entre Amis qui teste la solidité d’une amitié face aux épreuves, Nos Femmes se penche sur ce que l’on peut faire et jusqu’où on peut aller pour ses amis.

 affiche du film

A l’origine, Nos femmes est une pièce de théâtre d’Eric Assous, dont Richard Berry assurait la mise en scène, jouée entre septembre 2013 et février 2014 au Théâtre de Paris dans laquelle le rôle de Paul était déjà tenu par Daniel Auteuil et celui de Max par Richard Berry, passé à la réalisation de la version cinématographique. Thierry Lhermitte succède ici à Didier Flamand. Le film inclut également la présence des femmes évoquées dans le titre afin d’éviter les pièges du théâtre filmé par une caméra fluide et mouvante mais malheureusement ces seconds rôles sont très peu présents et auraient pu être développés afin d’apporter un peu plus de matière au scénario. Néanmoins, on retrouve tout le côté théâtral de ce quasi huis-clos dont le fil conducteur est l’amitié, thème récurrent au cinéma, avec un dérapage ayant une fonction de révélateur comme ça pouvait l’être dans Le Prénom, pièce de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière adaptée récemment sur grand écran.

Pour les trois amis, « une grande amitié c’est comme un grand amour, les emmerdes en moins ». Sauf que les théories ne sont pas toujours applicables dans la vraie vie. Lorsque Simon arrive avec 45 minutes de retard à la rituelle soirée hebdomadaire chez Max à laquelle Paul est également invité, il leur fait un terrible aveu qui va sonner comme un véritable fardeau pour ses amis : il a commis l’irréparable en tuant sa compagne. Il vient chercher de l’aide et du soutien mais comme Max le rappelle, « l’amitié n’est pas un mot qui autorise tout et n’importe quoi ». C’est alors que se met en place de savoureuses joutes verbales entre deux points de vue différents, explorant ainsi le comportement d’amis de longue date face à une situation pour le moins dramatique qui les touche et qui sera le catalyseur de l’histoire où chacun devra prendre position vis-à-vis des autres et surtout se révéler à soi-même. Paul et Max vont se questionner sur ce que signifie et sur ce qu’implique une amitié tout en réfléchissant à leur propre routine. Le film traite brillamment de la vulnérabilité humaine et de la fragilité de nos engagements, principalement par rapport à nos amis. Il questionne sur le sens de l’amitié et plus généralement sur celui de la vie en cherchant à définir les limites et la fidélité d’une relation amicale. Leur histoire résonne en chacun de nous et questionne. Qui ne s’est jamais demandé jusqu’où l’amitié peut-elle mener ? Que peut-on accepter par amitié ? Qu’est-ce qui fait le sel d’une telle relation ? Les personnages cherchent à connaître la meilleure démarche à suivre en hésitant constamment entre aider et trahir, cautionner ou dénoncer. Chacun va se remettre profondément en question et trouver des échos sur leurs propres faiblesses, leur propre existence avec pour fond sonore le sublime Clair de Lune de Debussy. Au final, cette épreuve les fera grandir et changer, avec une séparation les guidant vers de nouvelles espérances.

Thierry Lhermitte incarne avec brio Simon, un coiffeur un brin escroc et coureur de jupons qui va commettre l’acte irréparable. Il est égoïste (il vient clairement pour obtenir un alibi et sauver sa peau) mais si sympathique que l’on peut facilement tout lui pardonner même s’il tente d’instrumentaliser l’amitié qu’il a envers Max et Paul. Daniel Auteuil livre une excellente prestation en rhumatologue solitaire dont la vie est en sommeil depuis bien longtemps. Paul est la définition même du bon ami, celui vraiment prêt à tout pour ceux qu’il aime. Max quant à lui est un radiologue obsessionnel pour qui chaque mot a son importance. Il a des valeurs très fortes mais son côté rigide agace rapidement. Néanmoins, il cache des fêlures qui le rendent attachant. Il prend vie sous les traits d’un Richard Berry particulièrement en forme. Leur argumentaire sur la conduite à tenir va virer au règlement de comptes où toute vérité n’est pas toujours bonne à dire. L’amitié étant faite de beaucoup d’amour mais aussi de quelques petites contrariétés bien enfouies, le sentiment de jalousie qui anime le trio va faire remonter des non-dits et des reproches dissimulés au plus profond de chacun. La scène où Daniel Auteuil explose est un régal, tout comme celle où Richard Berry, irrésistible, ne jurant que par les vinyles de chanteurs morts, veut prouver à ses amis qu’il n’est pas ce qu’ils pensent de lui en rappant sur Dans ma Benz de NTN.

Malgré les quelques flashbacks évitant une narration trop pesante, l’unité de lieu, de temps et d’action est respectée dans cette comédie brillante, intelligente et drôle qui analyse finement les rapports humains. Bien que la fin soit convenue et plus ou moins attendue, le jeu des acteurs est parfait pour ces personnages tour à tour touchants, odieux ou hypocrites mais au final perdus et attachants. Et vous, jusqu’où iriez-vous pour vos amis ?

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