Lost River : et au milieu coulent des spectateurs

Le premier film ambitieux de l’acteur de 34 ans, Ryan Golsing, projetté à Cannes en 2014 dans la catégorie Un certain regard, est un film creux malgré une forme de beauté virtuose agrémentée d’une très belle esthétique, à l’image d’une affiche enchanteresse, mais cela ne suffit pas à nous sauver d’un profond ennui.

 affiche du film

Que l’on se rassure, il existe bien un synopsis officiel qui mentionne que dans la banlieue sinistrée de Detroit, Billy, une mère célibataire, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre pendant que son fils aîné, Bones, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Tous deux devront aller jusqu’au bout pour s’en sortir. C’est bien la seule chose compréhensible dans ce film, mélange de réalité et d’imaginaire, qui manque cruellement de matière.

Ce drame social sur fond de crise financière est profondément beau et doté d’une musique envoûtante signée Johnny Jewel mais il pêche sur bien d’autres aspects, à commencer par l’absence d’une histoire construite, sans réelle logique, où des tableaux oniriques se succèdent dans des lenteurs interminables. L’atmosphère est froide et austère et la profonde noirceur qui la caractérise est dérangeante. L’hommage rendu aux nombreux réalisateurs pour lesquels il a tourné (David Lynch ou Refn entre autres) ne permet pas à Ryan Golsing de s’imposer. Nous nous demandons sans cesse où il veut nous emmener avec cette représentation onirique du monde, cette atmosphère anxiogène, suffocante et nébuleuse, accentuée par le mystérieux et morbide club où travaille la mère. On assiste à un récit hypnotique, cauchemardesque et macabre qui malheureusement ne fascine pas et ne peut empêcher l’errance du spectateur dans cette ville fantôme dont la fin est totalement ratée, à l’image du reste qui est sans consistance. Bien que la réalisation prime sur le scénario, aux répliques quasi-inexistantes, le spectateur est déstabilisé, troublé, entraîné dans des difficultés de compréhension globale du sujet qui ne devient qu’un ensemble d’artifices, maîtrisés mais sans jamais prendre vie, avec des passages crus et une mise en scène inexistante, ou du moins très limitée.

Comme souvent, les réalisateurs débutants ont envie de tout dire en un seul film et c’est bien là tout le problème. Cela devient un essai brouillon avec une succession de symboles dont le sens nous échappe souvent, pour ne pas dire constamment. Malgré un réel regard et un univers très personnel, Ryan Golsing est trop dans l’imitation de ses modèles et ne convainc guère en tant que réalisateur avec ce premier film au bilan très mitigé et décevant.

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