Le dernier coup de marteau assené avec grâce au cinéma français

Pour son second long-métrage, quatre ans après le sublime Angèle et Tony, Alix Delaporte retrouve son couple d’acteurs fétiche, Clotilde Hesme et Grégory Gadebois, qui n’ont ici aucune scène en commun, pour filmer la quête identitaire d’un adolescent en devenir, Victor, confronté à la rencontre avec son père qu’il ne connaît pas et qui va le plonger dans un autre monde.

affiche du film

Victor a 13 ans et vit dans une roulotte avec sa mère malade. Lorsque son père, chef d’orchestre, revient à Montpellier pour diriger la 6ème symphonie de Gustav Mahler, il voit là l’occasion de lever le voile sur son identité enfouie, lui qui se trouve à la croisée des chemins, entre un père absent, une mère amenée à disparaitre, les envies de football et la découverte de la musique. Sans jamais tomber dans le larmoyant, la réalisatrice filme ce récit d’apprentissage, cette initiation à la vie sous forme de chronique familiale touchante et émouvante avec beaucoup d’humanité, de finesse et de pudeur. De son œil sensible, elle nous livre une œuvre d’une simplicité remarquable, lumineuse d’intelligence et de justesse. D’une rare subtilité, ce film, à la fois tendre et délicat, souligne le cinéma pudique et émouvant d’Alix Delaporte, dans une mise en scène très sobre qui laisse la place à beaucoup de retenue.

Tourné en 35mm avec une caméra qui fait littéralement corps avec le personnage principal dont on suit chaque déplacement, chaque hésitation, la sensibilité du film doit beaucoup à la présence irradiante, à la sincérité, la profondeur et l’intensité du regard du  jeune, et  très prometteur, Romain Paul. Prix Marcello Mastroianni du meilleur jeune espoir au Festival de Venise, il est stupéfiant de naturel et impressionnant de justesse. A ses côtés, nous retrouvons la formidable et bouleversante Clotilde Hesme qui incarne remarquablement bien la jeune mère célibataire souffrant d’un cancer (cela lui a d’ailleurs valu, trois ans après son César, le prix d’interprétation féminine au Festival international du Film de Marrakech), ainsi que l’excellent mais trop rare Grégory Gadebois (prix d’interprétation masculin au Festival de Saint-Jean-de-Luz), dans le rôle de Samuel, ce personnage dur, au cœur de pierre, à la fois exigent et troublé. Cet ex-pensionnaire de la Comédie-Française, qui a triomphé l’an dernier au Théâtre Hébertot dans Des fleurs pour Algernon, repris du 21 avril au 16 mai 2015 au Théâtre du Petit Saint-Martin, campe un chef d’orchestre convaincant et attendrissant.

Les images sont chaleureuses (omniprésence du soleil couchant pour accentuer les émotions), aidées par la beauté du milieu naturel où les paysages maritimes sont sublimés et les lumières de la Méditerranée. Les dialogues inutiles font place aux regards, aux sourires, à une infinie douceur. La bande-originale est superbement parfaite, avec la présence distillée de la musique bouleversante et intense de Mahler dont le symbole de sa 6ème symphonie donne son titre au film. En effet, elle se termine par trois coups de marteau comme trois coups du destin dans la vie du compositeur : la mort de sa fille, la perte de son travail à l’Opéra de Vienne et le diagnostic d’une maladie cardiaque. Il est de coutume d’enlever le dernier coup de marteau, comme pour conjurer le sort. Et c’est justement sur une note d’espoir et d’attente que se clôture ce film qui donne envie de réécouter autrement la musique de Mahler pour adoucir les douleurs de la vie.

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