L’art de la fugue : une comédie pleine de charme

Pour son second long métrage, Brice Cauvin adapte le roman de l’auteur américain Stephen McCauley et fait le portrait de trois frères pris dans la tourmente amoureuse en abordant l’art et la manière de passer à côté de sa vie dans un film sensible et élégant servi par une magnifique distribution.

affiche du film

Un synopsis plutôt classique à la base mais qui au final donne matière à réfléchir ! Voilà la brillante idée de Brice Cauvin pour cette chronique familiale au ton plutôt léger. Trois frères, trois visions de la vie, trois façons d’aimer. Antoine est en couple avec Adar depuis dix ans. Louis est avec Julie depuis autant de temps. Quant à Gérard, il est séparé d’Hélène et est au bord du divorce. Et au milieu, le spectateur qui déambule dans leur vie, au cœur de leurs sentiments troublés. Tous les trois partagent cette faculté à chercher l’amour ailleurs et à fuir le bonheur pour quelque chose qu’ils ne trouvent pas. Cette capacité humaine à toujours penser qu’il y a mieux ailleurs… Eternel débat que de prouver la véracité d’une telle pensée. Ils ont tout pour être heureux mais rejouent ce bonheur au risque de tout perdre. Antoine évite de toutes ses forces ses problèmes en s’intéressant à ceux des autres. Il est bouleversant de vérité et force l’empathie. Il préfère fuir son bonheur au fur et à mesure que ses proches construisent le leur. Il a bien évidemment peur de l’inconnu, peur de blesser, de se tromper, de décevoir (les autres mais surtout lui-même) ce qui fait qu’il fait un choix, peut-être pas le meilleur, mais celui qui semble à ses yeux le plus évident : fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve comme l’écrivait à juste titre Serge Gainsbourg.

Ce film doux-amer, d’une grande sensibilité et d’une élégance touchante, invite le spectateur à une introspection hautement intéressante sur les sentiments et les choix de vie : Pourquoi dire telle chose ? Pourquoi cacher telle autre ? Où sont les frontières de l’honnêteté ? Peut-on mentir avec sincérité ? Quelles différences entre ce que je suis et ce que je semble être ? Peut-on choisir de ne pas choisir ? Quel regard de soi renvoie-t-on aux autres ? Ces questions sont bien évidemment rhétoriques car il est bien difficile d’y apporter une réponse concise et définitive tant les sentiments humains sont mouvants et changeants. Néanmoins, ce film choral ne saurait laisser quiconque indifférent. Rappelant le talent de Woody Allen, Brice Cauvin signe une partition sans fausse note, séduisante, aux dialogues pertinents et à la distribution convaincante. Pour interpréter la sympathique et attachante fratrie, nous retrouvons l’excellent pensionnaire de la Comédie-Française Laurent Lafitte, touchant, émouvant et tout en retenu dans le rôle d’Antoine, Nicolas Bedos et Benjamin Biolay. Agnès Jaoui est lumineuse dans le rôle de la collègue exubérante. Notons aussi la présence rare mais parfaite de Bruno Putzulu ainsi que les formidables parents intrusifs et surprotecteurs sous les traits de Guy Marchand et Marie-Christine Barrault.

Sur une bande-son de François Peyroni, L’art de la fugue nous entraîne dans une cascade d’histoires où chaque personnage est habité avec justesse et sensibilité pour un résultat charmant à ne surtout pas fuir.

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