Jamais de la vie : dans l’indifférence générale du désespoir

Dans son nouveau long métrage, Pierre Jolivet prouve une fois de plus qu’il est un grand réalisateur, en signant un thriller social noir dans lequel nous suivons un homme vaincu par la vie dans son dernier combat perdu d’avance.

Affiche du film

« Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir » chantait Johnny Hallyday… Cette phrase résumerait parfaitement l’état d’esprit dans lequel se trouve Franck, gardien de nuit dans un centre commercial de banlieue. C’est un homme épuisé, rongé par la vie et pour qui aucune lueur d’espoir ne se profile à l’horizon. De cet ancien ouvrier et ex-délégué syndical que l’on devine engagé, très actif et plutôt combattant, il ne reste qu’un vieux porte-voix, vestige d’une vie passée à se battre. Maintenant, il se contente d’observer de loin, comme un spectateur résigné, voué à l’ennui, tout en essayant désespérément de ne pas passer de l’autre côté de la barrière. Alors pour tromper la solitude et l’ennui, il bricole, fait des courses nocturnes de voitures télécommandées sur le parking désert, magouille un peu pour arrondir les fins de mois et boit beaucoup, bien plus que de raison, pensant oublier la morosité ambiante et cette rage de dent omniprésente qui lui rappelle à quel point il a sombré dans la misère, avec pour seul avenir une retraite de misère s’il arrive à obtenir un deuxième emploi et qu’il le garde jusqu’à ses 70 ans. Réjouissant ! Alors quand l’occasion de reprendre sa vie en main se présente, hors de question de la laisser passer, même s’il doit y laisser sa vie.

Le personnage reflète à merveille un mal-être généralisé. Pierre Jolivet présente une vision très sombre de cette société en crise, sans issue positive pour une fois. Il décrit avec beaucoup de justesse la classe modeste de ceux qui travaillent sans arriver à s’en sortir. Le rôle de l’homme solitaire à la dérive, portant un fardeau de désespoir dans l’indifférence la plus totale, est confié à Olivier Gourmet qui livre là une bien belle performance. Il fait preuve d’une grande justesse. A la fois vrai et sincère, il inonde l’écran de sa noirceur, de ses regards égarés d’homme engagé dans un combat invisible perdu d’avance, sans perspective d’avenir. A ses côtés, Valérie Bonneton se voit offrir un beau second rôle : celui d’une conseillère pour emploi, vivant elle-même dans la précarité. Elle réalise une irréprochable prestation pour un personnage un peu lunaire et tout en retenue. Signalons également au générique la présence de Benabar et de Julie Perrier dont les rôles ont été un peu éclipsés au profit du personnage central.

Comme à son habitude, Pierre Jolivet propose un film bien construit, tout en sobriété et parfaitement maîtrisé où nous nous enfonçons dans une noirceur sociale qui va virer au drame sans crier gare. La caméra permet une immersion totale dans le quotidien de Franck. Le rythme est lent, décrivant une existence terne,  sans consistance, vide de sens et d’actions. Les images sont fixes, soulignant la passivité du personnage et un temps qui ne passe pas bien vite, s’attardant sur les regards bien plus que sur les mots pour une vision très juste de la misère sociale. Néanmoins, l’élégance du film permet de ne jamais verser dans l’excès de misérabilisme, même si l’action se passe au cœur d’une banlieue sans avenir. Peu de musique accompagne l’histoire, accentuant ainsi le vide ambiant, bien que Pierre Jolivet collabore pour la troisième fois avec son fils Adrien et Sacha Sieff qui respectent sensiblement l’ambiance lourde et sombre. La solide réalisation et un scénario efficace font de Jamais de la vie le triste reflet d’une saisissante réalité où chacun est parfaitement lucide sur son existence au sein d’un monde désespéré et désespérant dans lequel nous vivons.

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