Caprice : un véritable délice

Pour son huitième film, et après le décevant Une autre vie (2013), Emmanuel Mouret renoue avec la comédie romantique et sentimentale fantaisiste dont la théâtralité s’infiltre dans le réel pour faire un film tendre, intelligent, délicat et sensible où l’amour est roi.

 affiche du film

Après le très réussi A trois on y va de Jérôme Bonnell, place à Caprice d’Emmanuel Mouret. Outre la savoureuse actrice Anaïs Demoustier, ces deux films ont en commun leur volonté de s’attacher à adopter et à réorganiser les principaux codes du vaudeville dans un marivaudage pétillant et décalé. Nous connaissions déjà le goût de Mouret pour les doutes que procure l’amour. Ici il s’appuie sur la mécanique complexe des jeux de l’amour et du hasard pour un film léger, subtil et drôle. Les fluctuations de l’amour et du désir sont placés au cœur de son long-métrage à la délicieuse bande-son signée Giovanni Mirabassi, aux dialogues croustillants pleins de fraîcheur et de charme, à mi-chemin entre Marivaux et Woody Allen dont on sent parfaitement l’influence.

Le réalisateur s’octroie le rôle de Clément, un instituteur humble un brin benêt, très réservé aussi bien en actes qu’en paroles, quelque peu lunaire qui se laisse porter par les péripéties de sa vie. Il est naïf, maladroit, candide mais diablement attachant. Il voit sa petite vie bien rangée basculer le jour où il entame une relation avec Alicia, une actrice qu’il admire et adule depuis longtemps, brillamment interprétée par Virginie Efira qui s’impose définitivement comme une comédienne légitime du cinéma français. Lumineuse et douce, elle fait preuve d’une vraie gentillesse et sa fragilité nous touche. Mais rien n’est si linéaire et simple dans l’existence de Clément et le destin choisit de mettre sur sa route Caprice, une marginale apprentie actrice aux antipodes d’Alicia dont la douceur blessée bouleverse. Rien de tout ça chez l’héroïne espiègle, piquante, manipulatrice, drôle mais particulièrement collante qui devient rapidement exubérante. D’un personnage charmant, elle finit par en être inquiétante tant elle se montre entreprenante.

Caprice, c’est celle qui bouscule, qui provoque les interrogations et les raisons sur le choix de l’être aimé ainsi que sur les indécisions du désir qui, au même titre que l’amour, est souvent bien capricieux. Anaïs Demoustier, qui rayonne dans les histoires d’amour complexe (au cœur du triangle amoureux dans A trois on y va ou encore à l’origine de la relation ambigüe avec Romain Duris dans Une nouvelle amie) est d’une grande justesse dans le rôle de l’amoureuse envahissante (jusque dans la voix off), prête à tout pour attirer l’attention, fougueuse et décalée. Elle est irrésistible et nous émerveille à chacun de ses rôles par son côté attachant, naturel et sensible. Dans ce faux triangle amoureux aux allures de quadrille, notons également la présence de l’excellent acteur Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie-Française, qui joue le rôle du touchant directeur d’école avec beaucoup de naturel et de justesse. Tous ces personnages essaient en vain de ne pas blesser, de ne pas faire mal mais sont prisonniers d’un mauvais concours de circonstances.

Emmanuel Mouret sait parfaitement filmer les sentiments, prouvant une fois de plus qu’il y a autant de façons d’aimer que d’amoureux en nous offrant un beau et doux moment de cinéma. Une totale réussite pour cette réflexion sur le choix amoureux à la manière des grands auteurs de théâtre classique.

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