A trois on y va : une troublante valse amoureuse

Avec ce sixième long métrage, Jérôme Bonnell s’impose comme étant un grand romantique. Spécialiste du sentiment amoureux, le cinéaste nous entraîne avec aisance dans cette romance à trois en jouant la carte du tendre à travers un triangle amoureux drôle et sensuel, flirtant avec Marivaux et Feydeau sans sombrer dans la trivialité. Une vraie réussite.

affiche du film

Charlotte et Micha, un jeune couple, vient d’acheter une maison à Lille pour y filer le parfait amour. Mais depuis quelques mois, Charlotte trompe son compagnon avec Mélodie, la meilleure amie du couple. Ignorant tout de cette relation, Micha, frustré d’être délaissé,  va tomber amoureux de la même jeune femme. Mélodie, complice du secret de chacun, passe ainsi de bras en bras et se laisse entraîner doucement par les vertiges amoureux. Pas de psychologie inutile ou de discours moralisateur sur l’adultère, la jalousie, la fidélité ou les conventions sociales, ce n’est pas le sujet. Il est juste question ici de l’amour véritable, incommensurable, imprévisible, qui s’abat sur le trio sans que cela soit calculé. Avec l’énergie du désespoir, ils tentent chacun à leur façon de s’accrocher en vain à un repère pour éviter de sombrer et d’être submergés par les sentiments et les émotions qui les envahissent sans qu’ils n’aient de prise dessus. Dans ce marivaudage moderne, ils essayent de s’aimer à trois, sans choisir d’identité sexuelle. C’est simple, délicat, léger comme une caresse satinée et la beauté de cette histoire d’amour est saisissante.

Jérôme Bonnell fait ici l’impasse des seconds rôles pour se concentrer uniquement sur les trois personnages. Ce triangle amoureux aux dialogues piquants est porté par ses comédiens d’une candeur époustouflante. Anaïs Demoustier n’en finit pas de s’imposer comme une figure montante du cinéma français. Après son rôle tout en délicatesse dans Une nouvelle amie de François Ozon, aux côtés d’un Romain Duris épatant et émouvant en travesti, on la retrouve ici au cœur d’un amour à trois fusionnel et complice, à la recherche du juste équilibre dans une confusion totale des sentiments. Elle incarne la solaire Mélodie qui ment avec une sincérité désarmante au couple Charlotte/Micha. Elle a un charisme incroyable et illumine de sa présence cette romance. A l’inverse, Sophie Verbeeck habite la sombre Charlotte, totalement perdue, qui se noie dans une valse à trois temps des sentiments dévastateurs. Sa mélancolie et sa sensualité à fleur de peau sont touchantes. Pour compléter le trio, Félix Moati s’impose en homme partagé entre deux femmes, deux vies, deux histoires. L’alchimie est parfaite entre les interprètes plongés dans un vertigineux dilemme qui souligne ave subtilité leur fragilité profonde. La  bande son est subtile, douce et délicate, omniprésente comme pour combler le vide des existences de chacun en dehors des sentiments qu’ils éprouvent.

Entre vaudeville et romance, on passe de la légèreté à la gravité, de la comédie au burlesque, de la mélancolie au bonheur, comme l’hésitation incessante du trio qui finira par se retrouver sur la plage, ne faisant plus qu’un : un couple affranchi des barrières sexuelles, un équilibre, un amour. A l’aide d’un éclairage lunaire sur la mer calme, symbole d’une lumière dans la nuit, tout s’apaise pour finalement briser une équation bancale d’un bonheur insaisissable où 1+1 =3.

Publicités

2 réflexions sur “A trois on y va : une troublante valse amoureuse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s