Vie sauvage : récit d’une cavale

Pour son neuvième long-métrage, Cédric Khan signe un mélodrame familial doublé d’un film d’aventure et de cavale en osmose avec la nature.

 

Le pari est osé ! Quelques mois après la sortie de La belle vie de Jean Denizot, Cédric Khan décide de traiter du même sujet : la cavale pendant 11 années de Xavier Fortin et de ses deux fils Shaki Yena et Okwari mais avec un changement des noms et un focus sur la cavale en elle-même, dépeinte dans deux parties très riches. Tout d’abord les premières années,  à partir du moment où Philippe Fournier, dit Paco, tente de fuir avec ses enfants et prend l’initiative de ne pas ramener ses fils à leur mère lorsqu’elle en obtient la garde. Il vit la décision en attente du jugement comme une véritable injustice. Il veut se battre légalement mais l’espoir d’une vie meilleure à trois emporte tout et commence alors la cavale de ces trois destins unis dans un apprentissage de la vie nomade. Le trio recherche la liberté. La figure du père est alors celle d’un héros, d’un guide. C’est le temps du bonheur, de l’osmose, celui de la soumission aussi où les enfants acceptent tout par amour, y compris cette lutte contre la norme.

La seconde partie, qui s’étire et perd un peu de son intérêt avec des scènes interminables tout en tension, traite de la dernière année de leur fuite, celle où les enfants approchent de leur majorité, celle où tout bascule. Isali et Okyesa sont rattrapés par les préoccupations des jeunes de leur âge lorsqu’ils fréquentent une communauté de punks : les filles, les fêtes… le temps de l’insouciance semble lointain. Ils sont prisonniers de cette vie rêvée mais ne savent comment en sortir. Lorsque Paco est enfin arrêté, la liberté pourrait s’offrir à eux mais les deux adolescents font bloc autour de ce père qui a bataillé pour leur épanouissement malgré les cachettes, les différentes identités, les traques de la police, la découverte de la peur, du danger permanent… Ils ont aussi appris les vraies valeurs humaines comme la solidarité à travers les gens, les amis rencontrés sur le chemin de la fuite. Ils ont connu le bonheur d’une vie hors du système, à l’écart de la vie moderne et sociale en étant nomades et libres. Ils ont forgé et affermi leur identité, leur caractère et les retrouvailles avec la figure maternelle ne seront pas celles escomptées. Cette scène poignante montre la force de persuasion travaillée pendant 11 longues années.

Mathieu Kassovitz est convaincant dans ce rôle de père tourmenté qui cherche le bonheur de ses enfants, en voulant les protéger sans savoir de qui ou de quoi. Il est bouleversant dans cette quête d’une nouvelle vie, d’une vie meilleure. Même si la fin est brutale et laisse un goût d’inachevé, le silence pesant qui s’installe lors des premiers mots du générique final atteste que nous avons vécu un beau moment de cinéma et pendant 1h45, le spectateur aura pu chercher les réponses à une terrifiante question : comment peut-on se cacher et fuir pendant 11 ans en France avec deux enfants sans éveiller de soupçons ?

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