Mommy : la puissance de l’amour

Pour son cinquième long-métrage, le prodige québécois de 25 ans, Xavier Dolan, signe un film poignant empreint de vie et d’amour au point qu’il est difficile de ne pas être touché par cette magnifique œuvre, cette ode aux émotions, où tout est beau et tout est fort.

 

Mommy, qui a provoqué une hystérie collective lors de sa présentation au dernier Festival de Cannes où il a obtenu le prix du Jury, est un film qui retrace le portrait d’une famille monoparentale dysfonctionnelle. On y retrouve Diane, surnommée Die, une quinquagénaire touchante, un peu vulgaire, qui élève seule son fils Steve, un adolescent difficile atteint d’un trouble du déficit de l’attention hyperactivité (TDAH). A cela s’ajoute la présence de Kyla (excellente Suzanne Clément), une voisine en retrait, mal dans sa peau et perdue dans sa propre famille, qui va redonner une lueur d’espoir au duo mère-fils et un semblant d’équilibre. Diane, sous les traits de la géniale Anne Dorval, égérie de Xavier Dolan, aime son fils plus que tout mais elle est incapable d’assurer la sécurité de Steve, incarné par Antoine-Olivier Pilon, jeune acteur de 16 ans qui étonne par la précocité de son talent et qui est inévitablement LA révélation de ce film, cet adolescent incontrôlable qui met en péril l’équilibre de leur relation par des accès de violence mais surtout de désespoir, victime de son impulsivité, de la brutalité d’une société qui se montre intolérante. Elle est en difficulté, ne peut gérer cet amour débordant de violence.

Dolan filme ces personnages au plus près, dans une mise en scène plutôt immersive de par la succession de gros plans et fait du public les témoins de cette lutte. A tout moment, la situation peut basculer pour l’un comme pour l’autre. C’est un combat perdu d’avance qui s’engage avec toute l’énergie du désespoir. Ce film est à l’image de Xavier Dolan, sans demi-mesure, entier. Il porte un regard empathique sur ses personnages qui se livrent à un combat bouleversant, douloureux, sans jugement, nous laissant le choix de nous identifier à eux, ou pas. Tout le talent du réalisateur réside dans le format 1:1 des images qui permet un cadrage plein centre, sans vide avec un focus sur les acteurs. Les dimensions de l’écran changent avec le torrent d’émotions suscité par les situations : un écran carré qui s’élargit lorsque l’horizon des personnages commence à s’éclaircir mais qui se rétracte lorsque le bonheur s’efface et est mis à mal. Le public est emporté sur les montagnes russes émotionnelles à travers des acteurs tous époustouflants dont le jeu est d’une profondeur et d’une justesse inouïs. Le trio est extraordinaire, touchant, majestueux dans cette course vers la mort, suggérée jusque dans le surnom de cette mère-courage dont le dilemme est un véritable poids mais qui pourrait la blâmer ? Même si les personnages sont constamment dans l’extrême, le pas de l’identification se franchit aisément grâce à une image touchante et débordante de sensibilité.

Comme à son habitude, Xavier Dolan a particulièrement soigné la bande-originale avec une variété de contemporains du jeune prodige tels que Dido, Céline Dion, Andréa Boccelli ou Oasis. La séquence du rêve trouve écho dans le morceau Experience de Ludovico Einaudi (que l’on retrouve également sur la BO de Samba et sur le sublimissime album In a time Lapse), point de départ de cette création cinématographique. La musique, âme du film et des œuvres de Xavier Dolan fait de Mommy, véritable diamant à l’état brut, un plaisir visuel et auditif. Malgré la gravité de ses actes et sa culpabilité factice, Steve est une véritable tornade passant de l’amour à la tendresse, de la haine à la violence, de la tension à l’émotion. La dernière séquence, qui est une séquence de victoire, et cet amour impossible mettent le spectateur mal à l’aise et travaillent l’esprit longtemps après le générique de fin.

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