Marie Heurtin : la lumière de l’âme

Quatre ans après Les émotifs anonymes, le réalisateur Jean-Pierre Améris retrouve Isabelle Carré et lui confie un rôle qui touche au plus profond de chacun pour un biopic tout en finesse.

 affiche du film

Lorsque Marie, aveugle et sourde, arrive à l’institut de Larnay, elle n’est qu’une sauvageonne qui trouve refuge dans les arbres et qui est incapable d’entrer en communication avec le monde. Seule une tentative de relation se dessine avec son père, qu’elle touche sans arrêt pour se rassurer. Touchée par la détresse et la situation de l’adolescente, Sœur Marguerite entreprend de rompre son isolement et tente d’établir un contact tactile et délicat avec cette enfant enfermée dans la nuit et le silence. Les sœurs accueillent des jeunes filles sourdes mais personne n’a le même profil que Marie. La mission semble délicate, les progrès se font attendre malgré une grande douceur et beaucoup de tendresse émanent de la Sœur Marguerite. Le sens du toucher va prendre une grande importance jusqu’à être omniprésent dans la reconnaissance et la découverte d’un monde totalement inconnu : celui du savoir et de la connaissance.

Vient le temps des premières tentatives, des premières victoires obtenues après un louable acharnement. C’est alors que Marie demande à Sœur Marguerite l’accès à la connaissance. Les progrès sont fulgurants et les retrouvailles avec les parents de la jeune fille où elle transmet le savoir reçu est émouvant et bouleversant aux larmes. Mais l’équilibre est bien fragile, d’autant que la santé de la religieuse décline et qu’elle est contrainte de partir en convalescence loin de Marie qui vit cette séparation comme un véritable déchirement où l’incompréhension est poignante. Lorsqu’elles se retrouvent et se pardonnent mutuellement, dans une scène d’une touchante délicatesse, les apprentissages peuvent reprendre et chacune se prépare à sa façon à l’acceptation de la mort. Elles devront se quitter, c’est inévitable. Quand Marie materne Sœur Marguerite, le spectateur peut y lire beaucoup de reconnaissance dans les gestes tendres de la jeune fille. Le témoin passe avec beaucoup d’amour, un amour indicible, véritable, touchant. La mission est remplie, la parole a été offerte et avec elle tout un monde s’est révélé à la sauvageonne entrée dans la lumière du savoir et de la connaissance. La scène finale est d’une émotion pure où l’on reçoit en plein visage une dose de gratitude qui nous arrache les larmes.

Ariana Rivoire, véritable révélation, n’était pas destinée à devenir actrice mais elle a un don indiscutable, une capacité à jouer aussi bien une sourde-aveugle qu’une sauvageonne en perpétuel conflit en trouvant la force dans son propre handicap (Ariana est sourde). Isabelle Carré, toujours aussi sublime, a appris la langue des signes pour insuffler de la véracité à son rôle qu’elle endosse à merveille. Une belle complicité transparaît à l’écran entre les deux actrices et cela renforce cet éveil au monde. On ne peut évidemment pas faire l’impasse sur les ressemblances avec l’histoire d’Helen Keller, cette Américaine qui a réussi à communiquer grâce à toute la bonté de sa gouvernante. C’est d’ailleurs cette histoire que Jean-Pierre Améris souhaitait mettre en image, bouleversé depuis de longues années par cette belle leçon de vie et d’humanité, par la question du handicap et de la différence, maintes fois traités au cinéma. Mais en choisissant de surmonter sa déception (les droits pour un biopic sur Helen Keller étaient bien trop ambitieux), le talentueux réalisateur a pu découvrir à travers l’histoire de Marie Heurtin une communication tactile et odorante, une communication sans parole. La langue des signes dans la main est encore utilisée aujourd’hui et permet aux enfants nés sourds et aveugles de sortir de leur prison intime pour rejoindre l’autre dans un monde de langage où une simple étincelle leur permet d’appréhender et de dominer le monde.

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