Le Temps des Aveux au goût d’inachevé

Régis Wargnier passe un peu à côté de son sujet dans son dernier film Le Temps des Aveux malgré un casting de choix pour les deux rôles principaux. Néanmoins, sa façon de filmer l’inexpliqué et l’inexplicable est remarquable.

Un homme regarde avec émotion des croquis. Il replonge alors dans ses souvenirs douloureux. Flashback. François Bizot a 24 ans lorsqu’il arrive au Cambodge. C’est un ethnologue français qui travaille pour la restauration des temples d’Angkor. En 1971, il est capturé avec son assistant et un jeune dessinateur par les Khmers Rouges qui vont le détenir quatre mois durant dans la jungle inhospitalière. Accusé d’espionnage et condamné à l’exécution, il sera sauvé in-extremis. Il a beau clamer son innocence, les Khmers attendent de lui des aveux signés et des renseignements. Commence alors à se tisser une amitié indéfectible et fascinante entre Bizot et Douch, le jeune chef du camp qui deviendra par la suite le chef d’une unité de torture et d’exécution massive à Phnom Penh. Malgré les tentatives avortées (fuite, transmission de courrier…), Douch protège et défend Bizot et un lien se construit, jusqu’à la libération du français. Il ne reverra son geôlier que quelques années plus tard alors qu’il travaille pour l’ambassadeur Marsac (Olivier Gourmet est étonnant dans ce rôle). Le face à face entre le bourreau et la victime est saisissant. L’histoire est forte et décrit ce pouvoir de fascination dans un syndrome de Stockholm inversé où le bourreau se prend d’amitié pour sa victime.

Pourquoi cet homme a-t-il sauvé l’ethnologue français d’une mort assurée ? La réponse est élusive et le film questionne sur les prémices de la terreur en étant malheureusement très timide dans la démonstration de la cruauté, de la peur, de l’injustice. En voulant faire un film sobre, Régis Wargnier préserve à l’excès son public de la folie totalitaire au détriment de l’émotion. La violence n’est que suggestive et le réalisateur ne va pas au bout de ses possibilités, ce qui donne un goût d’inachevé malgré une humanité fascinante et contradictoire. Dans une mise en scène un peu trop solennelle, avec un rythme lent, Le Temps des Aveux offre une vision bien trop édulcorée et difficilement compréhensive si l’on a peu de culture du contexte historique de l’époque. Néanmoins, la seconde partie du film est très réussie. Lorsque Bizot revoit Douch accusé de tortures et d’exécutions sur 12500 personnes, la scène d’aveu et de repentance est formidable. Le temps des représailles est venu pour l’ancien chef Khmer qui ne peut justifier pourquoi il a épargné le français et pas les deux autres qui étaient également innocents. C’est le jugement de son « ami » qu’il est venu entendre, comme une sorte de pardon de la part de celui en qui il a confiance et qui lui doit la vie sauve.

Raphaël Personnaz, davantage habitué à des rôles de beaux mecs, se voit ici confier un rôle très différent de son répertoire et difficile où l’essentiel des émotions trouvent refuge dans son regard d’homme malmené qui assure cependant d’une très belle présence. Même s’il manque parfois un peu de profondeur en restant à la surface de ses émotions, il est bouleversant. Phoeung Kompheak, quant à lui, fait un portrait très juste de son personnage de Douch. Son jeu est parfaitement maîtrisé et il arrive à fasciner autant qu’il effraie. Le spectateur ne peut qu’être charmé par les bribes d’humanité qu’il laisse transparaître lors des scènes qu’il partage avec Bizot. Le Temps des Aveux est aussi celui des questionnements sur l’humanité derrière la cruauté et sur les peines à la hauteur des souffrances. On ne peut s’empêcher de s’interroger : et nous, qu’aurions-nous fait ?

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