Rodrigo García : moins provocateur mais tout aussi percutant avec Daisy !

Alors qu’une absurde pétition circule actuellement dans le but de faire interdire à Montpellier (avant d’arriver dans la capitale) Accidens, sa pièce présentant sur scène un acteur et un homard vivant qui sera mis à mort en public, Rodrigo García présente à Paris sa formidable Daisy, un spectacle qui ne manque pas de mordant.

 

Comme le confiait récemment Rodrigo García, son « théâtre est une arme de combat contre la société de consommation ».  De son écriture inspirée par le quotidien, il nous livre 9 tableaux amenant à réfléchir sur les inepties de notre société, dont l’appauvrissement de la langue. C’est ainsi qu’il place la littérature au cœur de son spectacle, « sans crier, sans sauter, sans se jeter par terre, sans se couvrir de nourriture », contrairement à tant d’autres de ses pièces, dans une mise en scène à la cohérence remarquable où les excellents comédiens au langage mélodieux et à la diction sans faille, Gonzalo Cunill et Juan Loriente,  acteurs fétiches du génie hispano-argentin, racontent la médiocrité de leur existence dans un texte et un geste théâtral puissants qui brisent notre conformisme quotidien. Ils mêlent à merveille les moments drôles (le ski nautique et l’invasion du smiley en réponse à la préparation méticuleuse dans le choix des mots d’un message écrit) et ceux teintés de mélancolie (le couple, les désillusions, la solitude…).

La langue percutante mais parfois dérangeante et crue de Rodrigo García trouve place dans un décor composé pêle-mêle d’une moto jaune flambant neuve, d’une sculpture géante d’un chien servant de tribune, d’un fauteuil-bulle tout droit rescapé des années 70, d’une bibliothèque rappelant à l’homme sa condition d’être pensant et parlant qui le distingue de l’animal, d’une table, de deux chaises ainsi que de plusieurs caisses de batterie où Leibniz côtoiera  des cafards, où les hommes danseront avec des chiens, où les morceaux pop-électro entraînants succèderont au quatuor de musique classique interprétant deux passages très lents de Beethoven et où les projections de textes feront place à celles d’images live ou à des vidéos préenregistrées, peuplées de fantômes dans une ville désertée et qui errent également sur le plateau jusqu’à finir assis côte à côte sans un geste jusqu’à ce que les notes du quatuor se meurent ou détournant le Retable d’Issenheim dont le Christ se déhanche sur une musique assourdissante et enivrante.

De l’entrée de l’acteur Gonzalo Cunill en slip de bain avec son gilet de sauvetage, avançant avec ses skis, une bière à la main, au spectaculaire suicide final dans la bulle avec un livre comme ultime compagnon, en passant par la convocation de Leibniz annoncée par un festif feu d’artifice, ou par ces caisses de batterie abritant un nid de cafards nourris sur scène, une tortue qui se débat dans une eau verdâtre, des escargots filmés en direct et projetés sur grand écran, deux chiens témoins de l’absurdité de la condition humaine, ou encore des monticules de tomates ou de salade, tout fait sens dans le travail scénique symbolique de García et dans son texte puissant qui interroge sur l’aspect domestique de notre existence. L’asphyxie finale, tout comme l’énumération des choses qui existent et de leur raison d’être, semble être une forme de réponse définitive et sans appel à la question posée : comment respirer dans notre quotidien où toutes les échappatoires possibles sont mises à mal, jusqu’au langage qui se vide de son sens ? Malgré le regard désabusé porté sur notre société, nous assistons à un théâtre de l’espoir où les mots acerbes de Rodrigo García, avec un texte plus posé et moins polémique que d’ordinaire, font écho à notre vie quotidienne qui nous pousse à « mourir chaque jour en faisant des choses sans importance ».

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