Réparer les vivants : coup de cœur à Avignon

Moins de trois semaines après la parution du magnifique roman de Maylis de Kerangal, Emmanuel Noblet propose à l’auteur une adaptation théâtrale bouleversante à voir à la Condition des Soies durant le festival d’Avignon. Retour sur un coup de cœur inattendu et unanime.

Photo du spectacle (Culturebox)

Parmi tous les spectacles du Off (1336 pour cette 50ème édition), il y a des pépites indescriptibles qui surgissent sans crier gare. C’est le cas de Réparer les vivants, spectacle proposé tous les jours à midi sur la petite scène du théâtre de la Condition des Soies à Avignon avant une arrivée très attendue au CDN de Haute-Normandie (près de Rouen) en novembre puis à Versailles au Montansier en avril prochain. Ce seul en scène emprunte son titre au Platonov de Tchekhov et aborde le délicat thème du don d’organe. Simon vient de mourir à 19 ans dans un accident de voiture. Claire, elle, a 50 ans et attend qu’un don d’organe lui sauve la vie. Ni vraiment décédé (son cœur bat encore), ni toujours vivant, il est le symbole de la transition afin que sa mort redonne vie à autrui. Emmanuel Noblet, qui utilise également des voix-off, incarne une dizaine de personnages. Il est Simon bien sûr, jeune fougueux sur sa planche de surf, mais aussi Pierre, le médecin qui annonce aux parents la mort cérébrale de leur fils, Thomas qui doit obtenir l’accord du prélèvement des organes et tous ceux embarqués dans la course effrénée lancée contre la montre, représentée par l’horloge du compte à rebours projetée sur le mur du fond qui sert également d’ornement avec l’usage maîtrisé de la vidéo avec notamment les radiographies des organes vitaux.

Véritable hymne à la vie, avec un texte magnifique et émouvant, l’acteur nous livre une très belle interprétation, nous faisant vivre toutes les émotions, du sourire au bouleversement intense, durant une heure vingt. Redonnant beaucoup d’espoir et foi en l’existence, Réparer les vivants place le spectateur face à la douleur des parents en situation de deuil avec des choix difficiles à faire avant même d’avoir pu accepter la mort de leur enfant. En sortant de la représentation, bouleversé par ce qui vient de se produire devant nos yeux et vécu comme un véritable tsunami émotionnel, chacun s’interroge sur le don de soi et se fait son propre avis face à cet acte gratuit et généreux, sans attente d’un juste retour, ici sublimé par les mots de Maylis de Kerangal et le talent d’Emmanuel Noblet. Et vous, que feriez-vous ? La question mérite mûre réflexion et ne pourrait trouver de réponse hâtive.

Il est bien difficile de trouver les mots pour décrire avec justesse les émotions créées par cette proposition scénique de grande qualité au succès bien mérité. Nous ne pouvons que vous inviter à la découvrir par vous-même en Avignon, à Mont-Saint-Aignan ou à Versailles avant un très certain passage à Paris durant la saison 16-17. En attendant, le roman donne un fabuleux aperçu par la force des mots de ce coup au cœur, fait de société encore tabou pour de nombreuses personnes. Nul doute que Réparer les vivants fera encore parler de lui pendant longtemps.

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