Les Estivants : l’œuvre de Gorki inspire Gérard Desarthe au Français

Les Estivants, œuvre peu connue en France de Maxime Gorki, entre pour la seconde fois au répertoire de la Comédie-Française, dans une mise en scène rigoureuse de Gérard Desarthe, adaptée de celle qui fut proposée par Peter Stein et Botho Strauss pour la Schaubühne, où quinze acteurs du Français nous entraînent dans leur villégiature à l’aube de la révolution russe de 1905.

 photo scène d'ouverture

Lorsque le rideau se lève, les quinze acteurs apparaissent sur scène, de façon statique, comme figés sur un tableau, où chaque petit groupe qui composent l’intelligentsia russe, va s’animer à tour de rôle, progressivement, jusqu’à proposer de suivre plusieurs actions simultanées. Gérard Desarthe propose une véritable mise en scène chorale, picturale, bien qu’un peu trop classique, où les décors et les costumes nous plongent au cœur d’une Russie bourgeoise au début du siècle dernier. Comme chaque été, Bassov et sa femme Warvara retrouvent leurs amis. Ils passent leur temps à échanger en toute oisiveté pour faire face au vide de leur existence. Au fur et à mesure, chacun se verra inviter à prendre position dans une tension ambiante palpable. Bien que les personnages féminins soient mis en avant en faisant des choix et en cristallisant les discussions, aucune personnalité ne se dégage vraiment du premier acte, hormis peut-être le couple Olga / Cyrille interprété respectivement par Martine Chevallier et Michel Favory.

Lorsqu’on quitte la forêt de bouleaux, emblème des paysages russes,  dont les troncs se composent d’une multitude de visages imbriqués, c’est pour se retrouver dans une profonde et sublime nuit étoilée au début de l’acte II. Les décors, signés Lucio Fanti, particulièrement inspiré, offrent à la pièce une atmosphère prenante et nostalgique. Le personnage de Vlas commence à prendre de l’ampleur. Il est le seul à dénoter dans cette lenteur de mouvements, se comportant comme un véritable électron libre. Ce rôle a été confié au talentueux Loïc Corbery, fougueux et drôle, brûlant et envahi par un mal-être poignant. Il est toujours aussi formidable et d’une justesse inouïe dans la peau de ce jeune homme désespéré et révolté. L’ensemble de la troupe propose une interprétation impeccable et tous les comédiens seraient à citer tant l’esprit de groupe est primordial et homogène. Aucun personnage principal, seule la collégiale, très bien dirigée, domine dans cette tragédie optimiste.

Les fragments se succèdent de manière fluide et dense. Les femmes prennent le pouvoir, à commencer par Maria Lwovna, la doctoresse militante émancipée jouée remarquablement bien par Clotilde de Bayser, vibrante, parfaite en porte-parole et élément déclencheur des idées d’autrui. Sylvia Bergé (magnifique Warwara) et Anne Kessler (Calérie) sont également surprenantes et d’une grande intensité. C’est donc bel et bien une mise en scène raffinée, intelligente, délicate, sensible et convaincante que nous invite à découvrir Gérard Desarthe où les mots de Gorki résonnent parfaitement, sans aucune fausse note dans la distribution et l’interprétation de ces estivants qui sauront éviter au spectateur l’ennui dont souffre leur personnage, avec talent et cohérence.

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