Les chansons d’amour : l’hymne de tous les possibles !

Sorti en salle le 23 mai 2007, ce drame musical ne peut laisser indifférent. Il nous fait passer par toutes les émotions, comme les personnages, allant du rire aux larmes, de l’amour à l’absence.

 affiche du film

Christophe Honoré renouvelle ici le genre de la comédie musicale avec beaucoup de grâce, sur un schéma assez proche des productions de Jacques Demy dont les inoubliables Parapluies de Cherbourg à qui l’on pense dès la première scène en voyant Ludivine Sagnier dans son manteau blanc, dans les rues d’un Paris hivernal et mélancolique. Ce film sublime, à la fois joyeux et grave, aborde des sujets forts avec une légèreté admirable tels que la mort, l’amour, l’absence, le deuil, la sexualité et l’amour au sens large…  C’est dans les différentes manières de vivre ensemble que résonne cet hymne de tous les possibles, passant d’un amour physique à un amour cérébral et moral ou un amour tabou (les magnifiques chansons La distance et Ma mémoire sale sont très touchantes dans la progression des sentiments exprimés).

L’histoire est relativement banale au départ : celle d’un jeune homme, Ismaël, amoureux d’une jeune femme, Julie. Mais très vite tout devient complexe avec l’installation d’un ménage à trois. Le duo est rejoint par Alice (lumineuse Clothilde Hesme), une collègue du garçon. Naît à ce moment-là une relation ambigüe dans ce trio en pleine crise des sentiments, où revenir en arrière semble impossible même si chacun rêve d’avant. Et l’histoire bascule alors lorsque Julie meurt brutalement : elle devient celle d’un jeune homme en deuil qui va lutter et avoir beaucoup de mal à s’en sortir, entre les non-dits et les sentiments flous ou confus mais aussi les choix à faire entre le cœur et la raison. Quelle poignante chanson que Delta Charlie Delta où s’exprime toute la tristesse et le monde qui s’écroule avec la perte d’un être cher à qui on n’a pas su dire certaines choses avant qu’il ne soit trop tard. D’un amour à deux puis à trois, Ismaël se retrouve seul avec lui-même, à vouloir juste un corps, à chercher seulement des bras, un lit de réconfort et trouvant au bout du chemin un nouvel amour, inattendu, tendre et sincère.

Ce film propose un beau moment d’émotion et de mélancolie et fait réfléchir sur l’amour, le deuil, l’absence et sur la façon d’accepter le départ de l’être aimé. Pour Ismaël, sensuel, énigmatique et mystérieux Louis Garrel, cette acceptation passera par des expériences et une homosexualité naissante. Passée la première chanson du film qui déstabilise et désoriente quelque peu, Les chansons d’amour nous offrent toute la sincérité de l’Amour, avec un grand A (avec toutes les dimensions qu’on lui connait) et résonnent en nous pour longtemps. Louis Garrel est époustouflant et crève littéralement l’écran. Il est bouleversant de vérité dans sa quête des sentiments. Notons également la présence sensible et mélancolique de Grégoire Leprince-Ringuet, interprétant Erwan, par qui arrive le voyage initiatique. Entre eux, tout coule de source, il y a une évidence ! Les chansons-dialogues d’Alex Beaupain sont magnifiques et servent à merveille cette histoire. Les mots sont doux et les mélodies belles. L’ensemble accompagne avec grâce les personnages. A noter la bouleversante chanson Les yeux au ciel qui dépeint à merveille la perte des repères éprouvée lors du vide laissé par la mort. Christophe Honoré filme le deuil et le chagrin, la confusion des sentiments avec une évidente sincérité, une mélancolie touchante, sans jamais sombrer dans le pathos.

Cette œuvre déconcertante ne peut plaire à tout le monde mais il ne verse jamais dans le sentimentalisme mièvre ou condescendant malgré un titre léger qui pourrait laisser penser à une comédie romantique sans autre but qu’un divertissement pour midinettes. Ici, l’amour et la mort se côtoient sur fond musical dans les trois parties que sont le départ, l’absence et le retour, où les mélodies deviennent le relai d’une parole inapte à s’exprimer, où il est impossible d’expliquer ce que l’on ressent, de parler de sentiments autrement qu’en chansons. Mais après le deuil vient la renaissance. La boucle est bouclée : le film commence et se clôture sur une histoire d’amour en donnant l’envie au public d’aimer pour la beauté du geste et d’entendre « je t’aime ».

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