Le Roi Lear : version « Pytoyable » par le directeur du Festival d’Avignon

Les fans inconditionnels de Shakespeare attendaient beaucoup de cette version signée Olivier Py, pour sa deuxième année à la tête du Festival d’Avignon. Dès les premières représentations de cette 69ème édition, la critique s’emballe, divisant Avignon et les réseaux sociaux, phénomène accentué avec la retransmission télévisée du 8 juillet dernier depuis la Cour d’Honneur du Palais des Papes.

Photo de la représentation

L’histoire, bien connue, est celle d’un roi, Lear, qui décide de partager son royaume entre ses trois filles. Tandis que la cadette Régane (Céline Chéenne) et l’aînée Goneril (Amira Casar) font un discours sur l’amour qu’elles portent à leur père, Cordélia, la benjamine et préférée du roi, ne peut se résoudre à parler. Le mur de la Cour d’Honneur sert de support aux mots « Ton silence est une machine de guerre », écrits en néons qui s’illuminent pour l’intervention muette de Cordélia alors bannie par son père. C’est cette dernière qui est placée au cœur de la relecture d’Olivier Py qui est assez discutable, principalement de par sa traduction. La scénographie pourrait éviter de peu le naufrage (et encore) tandis que seul Jean-Damien Barbin tire son épingle du jeu en fou cynique. Le reste du temps, le texte, parfois inaudible, est déclamé de façon criarde et poussive, comme venue d’une autre époque. Le mobile avec l’inscription en néon « Rien » traverse le plateau comme une prophétie : il n’y a plus rien à en dire. Beaucoup de bruit pour rien, et mieux vaut désormais se taire. Cordélia l’a bien compris. Pourtant, paradoxalement, Olivier Py a fait basculer sa version dans la parole, et la modernité, en contribuant à un dispositif interactif lors de sa diffusion sur France Télévision. Les spectateurs pouvaient suivre sur le réseau social de l’oiseau bleu, les comptes des personnages principaux, commentant le drame en 140 caractères. Si l’idée semblait intéressante, elle n’a pas permis d’attirer un public plus jeune. Et si tel avait été le cas, quel message pour eux ? Est-ce vraiment ce genre de spectacle qui attirera les jeunes dans les théâtres dans notre société où l’accès à la culture subit la crise de plein fouet ? Heureusement que Thomas Ostermeier a relevé le niveau avec son génial Richard III donné également lors de cette 69ème édition du festival.

Plutôt mal jouée et dans une traduction vulgaire du sublime texte du dramaturge Shakespeare, la proposition scénique passe en force dans une mise en scène ratée laissant froid et insensible. L’auteur, dont nous célèbrerons l’an prochain le quadri-centenaire de sa disparition, doit faire des bonds dans sa tombe en voyant comment en 2015 certains osent encore monter son œuvre de manière si catastrophique. Il n’y a pas grand chose de plus à ajouter sur cet échec. Si vous souhaitez vous faire un avis plus précis, et que vous avez 2h30 devant vous, vous pouvez toujours vous rabattre sur le replay de Culturebox ou aller le voir la saison prochaine aux Gémeaux mais vous voilà prévenus : donné en ouverture du Festival d’Avignon, dans la mythique Cour d’Honneur du Palais des Papes, Le Roi Lear d’Olivier Py restera dans les annales comme étant un véritable désastre théâtral, nullement à la hauteur du lieu et du chef-d’œuvre shakespearien. Espérons qu’Ivo van Hove fasse mieux l’an prochain avec la troupe de la Comédie-Française pour une version des Damnés de Visconti qui s’annonce déjà comme un événement à ne pas rater. Rendez-vous est pris en 2016.

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