Kiki. Le Montparnasse des Années Folles : les belles âmes des années 20

Le mythique Théâtre de la Huchette, royaume de Ionesco où se jouent La Cantatrice Chauve et La leçon sans interruption depuis 38 ans, accueillle jusqu’à la fin de l’été une « fantaisie musicale » d’Hervé Devolder retraçant l’extraordinaire parcours d’Alice Prin, dite Kiki de Montparnasse.

Affiche de la pièce

Alice Prin voit le jour le 2 octobre 1901. Enfant illégitime, elle est élevée par sa grand-mère à Chatillon-sur-Seine et lui vouera une tendresse incommensurable tout au long de sa vie jusqu’à sa mort à Paris le 23 mars 1953. A 12 ans, elle décide de rejoindre sa mère Marie, une linotypiste (métier qui révolutionna l’édition, l’imprimerie et la presse quotidienne) dans la capitale, à l’aube des premiers conflits. Chassée par cette dernière, Alice n’a d’autres choix pour survivre que de poser nue pour des sculpteurs ou des peintres. C’est ainsi qu’elle rencontrera le peintre russe Maurice Mendjiski qui la baptisera Aliki puis Kiki. A partir de là, une nouvelle vie s’offre à elle parmi les artistes de l’Ecole de Paris, symbole des années folles de l’entre-deux guerres.

C’est dans la salle exigüe et comble du Théâtre de la Huchette que les spectateurs plongent la tête la première dans le Paris des années 20, cette époque haute en couleurs qui voit éclore le talent et le génie d’artistes désormais reconnus tels que les peintres Modigliani, Soutine ou Fujita, le photographe Man Ray, les écrivains Desnos, Cocteau ou encore les surréalistes Aragon et Breton qui ont tous croisé la route de la belle Kiki. A la fois muse, modèle, peintre, actrice, chanteuse, gérante de cabaret et amante d’artistes célèbres, Kiki est avant tout une amoureuse de la vie déterminée. Pour raconter son incroyable parcours composé de moments difficiles et de coups de pouce du destin, c’est la talentueuse et envoûtante Milena Marinelli qui prend en charge un monologue théâtral à la fois drôle et émouvant, entrecoupé de chansons de cabaret qu’accompagne Ariane Cadier au piano. Aussi bien à l’aise dans la narration que dans les parties musicales, la comédienne égrène les années marquantes de Kiki en écrivant les dates à la craie sur un tableau noir symbolisé par l’écran en fond de plateau. Elle passe avec beaucoup de fraîcheur de moments d’euphorie à ceux teintés d’une douce tristesse et fait du spectacle d’Hervé Devolder un ensemble frais et enjoué. Les anecdotes de la vie de Kiki se succèdent avec légèreté comme celle sur sa virginité dont elle n’arrivait à se débarrasser avant de la perdre avec Maurice Mendjizki.

Dans un décor sobre et plutôt minimaliste composé d’une chaise avec une table ronde de chaque côté de la scène, d’un comptoir de bar central, d’un piano et d’un écran en arrière-plan, Kiki se livre sans retenue sur son existence à travers une pièce musicale rythmée et efficace. Milena Marinelli explore chaque coin du plateau et passe de l’enfance de son personnage à sa reconnaissance sociale grâce à un unique accessoire : un chapeau, sésame de l’époque pour accéder à la salle attenante au bar de la Rothonde où les artistes de l’époque avaient leurs habitudes. Elle parle avec aisance des belles âmes mises sur son chemin dont les noms défilent sur l’écran, utilisé avec parcimonie et habileté.

Avec la bande-dessinée, le court-métrage, le théâtre et la pièce musicale, il est indéniable que Kiki de Montparnasse inspire encore de nos jours tous les pans de la culture après avoir été elle-même une muse, immortalisée nue et de dos par Man Ray dans son œuvre Violon d’Ingres (1924), photo à laquelle il ajouta deux ouïes de violon ou par Foujita dans une gouache-événement du Salon d’Automne 1922 intitulée Nu couché à la toile de Jouy. Un extraordinaire parcours mis en scène avec maîtrise jusqu’à la conclusion musicale au goût de rapide résumé d’une vie de bohème : « Mais c’était qui ? C’était bibi, c’était Kiki qui a inspiré face à face tous les pinceaux de Montparnasse » sur un phrasé entêtant qui restera un long moment en mémoire.

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